Renforcement Axe Bamako – Conakry / Conséquence des sanctions de la CEDEAO : une menace économique sur le corridor Dakar-Bamako


Les experts ont averti. Le Sénégal risque de se tirer une balle au pied avec les sanctions de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) à l’encontre du Mali. Si les échanges économiques ont repris entre Dakar et son premier client depuis la levée des sanctions infligés à Bamako, le Mali compte bien renforcer ses transactions portuaires avec le seul pays de la CEDEAO à avoir refusé de lui fermer ses frontières. Au détriment des ports de Dakar et d’Abidjan, dont les pays ont appliqué les sanctions à l’encontre de Bamako.

de Bamako. Admettant que cela ne s’agisse pas de représailles, cette nouvelle orientation économique fait sens. Il n’y a “que’’ 970 km qui séparent Conakry et Bamako, pendant qu’il faut en parcourir 1 362 entre Bamako et Dakar, et 1 157 km d’Abidjan à Bamako. Pourtant, 65 % du transit malien passe par le port de Dakar. Conakry ne capte qu’entre 6 et 7 % de ces importations, pendant qu’Abidjan, Lomé et Tema se partagent le reste

Les sanctions économiques et commerciales de la CEDEAO contre le Mali (levées le 3 juillet 2022), en raison d’un coup d’Etat militaire, ont quelque peu obligé la junte au pouvoir à faire affaire avec la Guinée voisine qui a connu la même crise politique.

Le 17 janvier 2022, une délégation gouvernementale malienne s’est rendue à Conakry avec l’ambition d’élever les relations entre les deux pays “à un niveau de partenariat stratégique durable’’, retenait le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop.

Dans le rapport final de la troisième rencontre bilatérale entre les administrations des douanes du mali et de la Guinée, organisée les 8 et 9 février 2022 à Bamako, 21 recommandations ont été faites parmi, lesquelles l’on peut retenir : “Permettre l’approvisionnement du Mali en hydrocarbures à partir des entrepôts guinéens ; Implanter et rendre opérationnelle la représentation des douanes du Mali au port de Conakry, au plus tard le 30 avril 2022.’’

Un bureau des douanes maliennes installé en Guinée vendredi

Le deuxième point a été concrétisé hier. Un bureau des douanes maliennes est désormais installé en Guinée. Il faut dire qu’avant les sanctions de la CEDEAO, les deux pays travaillaient déjà à renforcer cet axe stratégique, plus court pour les transporteurs maliens.

D’ailleurs, le 20e point du rapport de leur troisième rencontre bilatérale recommande “d’œuvrer à la mise en place et à l’opérationnalisation de la commission chargée de l’étude et du suivi des échanges dans le sous-secteur des hydrocarbures liquide et gazeux, prévue à l’article 2 de la convention entre le gouvernement de la République du Mali et le Gouvernement de la République de Guinée, relative aux échanges commerciaux sur les hydrocarbures, signée à Conakry le 17 octobre 2016’’.

Au port de Conakry, beaucoup de travail a été effectué ces dernières années pour convaincre les commerçants et les industriels de privilégier Conakry comme point d’entrée vers le Mali : les quais sont éclairés, le port travaille 24 heures sur 24 et le temps d’attente des bateaux a pu être presque divisé par trois.

Une autre amélioration est la reconstruction de la route, notamment entre Kindia et Mamou, dont la mauvaise qualité a toujours incité les transporteurs maliens à prendre la direction de Dakar ou d’Abidjan. Ainsi, la levée des sanctions ne semble pas entamer l’élan de coopération bilatérale. Un mois après, le mercredi 3 août, une délégation de cinq ministres maliens (Affaires étrangères, Administration territoriale et Décentralisation, Transports et Infrastructures, Économie et Finances, Industrie et Commerce) est arrivée à Conakry, révélait “Jeune Afrique’’.

Le lendemain, ils sont invités par le président de la transition guinéenne, Mamadi Doumbouya, à siéger au Conseil des ministres hebdomadaire, au palais Mohammed V. Un projet de parachèvement de la fédération Guinée-Mali est même évoqué de part et d’autre.

Cette intégration, bien que salutaire, risque de porter préjudice aux relations commerciales entre le Mali et le Sénégal. Selon les derniers chiffres de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) en 2020, le Mali a accueilli 21 % des exportations de marchandises du Sénégal, soit plus que l’ensemble du continent asiatique (18 %) et dix fois le montant des ventes à destination de la France (2 %). Cela équivaut à 474 milliards de francs CFA.

Le dernier point de conjoncture mensuel (juin 2022) publié par la Direction de la prévention et des études économiques, assure que “le Mali reste le principal client du Sénégal avec une part de 73,1 % des exportations du Sénégal vers la zone UEMOA (Union économique monétaire ouest-africaine), soit une expansion de 10,7 points par rapport au mois de mai’’
EnQuete

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