« Nous avons franchi le seuil des 100 000 Ukrainiens accueillis en France »


Joseph Zimet dans les bureaux du « Monde », à Paris, le 29 juin 2022.

Le préfet Joseph Zimet pilote la cellule interministérielle de crise (CIC) sur l’accueil des personnes fuyant le conflit en Ukraine. Il annonce la mise en place d’une aide financière pour éviter le risque d’essoufflement de l’hébergement citoyen et un assouplissement de la politique vis-à-vis des étudiants non ukrainiens ayant fui la guerre.

La guerre en Ukraine a débuté il y a plus de quatre mois. Combien la France a-t-elle accueilli de déplacés ?

Nous avons franchi le seuil des 100 000 Ukrainiens accueillis en France. Nous avons d’abord été un pays de transit, notamment vers l’Espagne, qui a ouvert son marché du travail aux Ukrainiens depuis quelques années alors qu’en France, avant la guerre, on ne recensait que 19 000 Ukrainiens sur le territoire. Dans les premières semaines du conflit, la SNCF a acheminé 10 000 personnes de Paris vers l’Espagne alors que plus de 15 000 Ukrainiens entraient en France par les Alpes-Maritimes pour continuer leur route vers l’Espagne. On ne comprenait pas pourquoi la France plafonnait autour de 50 000 déplacés accueillis. Elle manquait vraisemblablement de notoriété et d’attractivité aux yeux des déplacés. A titre de comparaison, la Pologne accueille près de 1,2 million d’Ukrainiens, l’Allemagne, 800 000, l’Espagne, 140 000, et le Royaume-Uni, 86 000.

Mais alors même qu’on s’interrogeait sur la fin de la crise, les arrivées ont continué d’augmenter et, avant l’été, nous avons fait la bascule vers les 100 000 déplacés. Même si la tendance est plutôt à la baisse, nous continuons d’accueillir chaque semaine environ 300 personnes, notamment en provenance de l’Italie. Sans doute du fait de la qualité de l’accueil et de la solidarité des Français, des efforts des collectivités territoriales et des services de l’Etat. On peut dire que nous avons été capables de déployer un dispositif d’accueil digne et efficace. Plus de 18 000 enfants sont déjà scolarisés. C’est une prouesse. Les Ukrainiens sont incroyablement bien informés de cela.

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Observez-vous des retours vers l’Ukraine ?

Une étude de l’Agence de l’Union européenne pour l’asile précise que 84 % des déplacés interrogés déclarent avoir trouvé leur destination. Ça veut dire que 15 % vont bouger. Il faut s’attendre à des mouvements cet été, de bascule entre pays européens – même si on ne peut pas cumuler deux protections temporaires – et de retour en Ukraine, même si nous pensons que ces gens seront en majorité de retour à la rentrée, compte tenu de l’instabilité dans le pays. L’idée prévalait, il y a quelques mois, que les Ukrainiens rentreraient rapidement chez eux. Le 28 juin, le maire d’Irpine [à quelques kilomètres de Kiev] a d’ailleurs signé une déclaration d’intention avec l’Association des maires de France pour mobiliser des communes françaises autour du processus de reconstruction de la ville. Pourtant, les autorités ukrainiennes n’anticipent pas un retour à la normale avant 2023.

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