Economie Environnement

Un ministère à problèmes face à des travailleurs tout greffoir dehors


Depuis quelques mois maintenant, les travailleurs de l’agriculture donnent de la voix pour exiger une meilleure prise en charge de leurs conditions de travail et sociales. Comme si leur détermination n’avait d’égale que la volonté manifeste de leur ministre de tutelle de leur tenir la dragée haute, les syndicalistes retournent toujours bredouille des différentes négociations. Le ministre et son cabinet, quasi oublieux du caractère névralgique du secteur à eux confié, font usage de moyens peu conventionnels au lieu de s’attaquer aux vraies revendications des syndicalistes, en décidant tout simplement de les muter sans aucun respect de l’orthodoxie. Les mouvements d’humeurs qui se suivent et la stratégie adoptée par Moussa Baldé, consistant à vouloir noyer le poisson, montrent que malgré toutes les déclarations issues sur la question, l’agriculture semble n’être pas la priorité du régime actuel.

Il y a un an, en juillet 2020, le Chef de l’Etat déclarait miser sur l’agriculture pour la relance de l’activité économique après covid-19. « Ce programme reposera sur nos bases productives, dont l’agriculture, qui bénéficie pour la présente campagne de ressources budgétaires exceptionnelles de 60 milliards de francs CFA, contre 40 milliards pour la précédente« , disait-il, avant de révéler que la Banque mondiale avait octroyé au Sénégal un financement de 150 millions de dollars pour soutenir le renforcement de la résilience et la productivité agricoles. Mieux, lors du vote du budget, le département de Moussa Baldé avait obtenu le pactole de 171 milliards Fcfa, soit une hausse de 12% comparé au budget précédent. Des efforts colossaux qui seront réduits à rien si en amont et en aval il n’y a pas l’engagement des travailleurs du secteur qui, jour et nuit, élisent domicile sur le terrain et bravent vents et marées pour donner forme aux orientations du président de la République.

Une gestion décriée depuis l’arrivée du ministre actuel

Aussi bien dans son programme de campagne, « Yoonu Yokkute », que dans le Plan Sénégal Emergent (PSE) qu’il s’est doté comme feuille de route depuis 2014, le président Macky Sall n’a cessé d’accorder une place de choix à l’agriculture dans ses différentes offres politiques. Son passage à plusieurs stations ministérielles, notamment à la Primature, lui a permis de découvrir sous Wade que le secteur agricole méritait d’être érigé en priorité pour une économie compétitive. Voilà en vérité le seul domaine où le Sénégal, fort de sa jeunesse et de sa quantité inépuisable de terres arables, peut prétendre dépasser les grands avec une volonté sincère des acteurs politiques. C’est ce qui motivait la GOANA (Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance) sous Wade et l’ambitieux projet d’autosuffisance en riz de Macky Sall en 2017. Cependant, à cause d’une gestion décriée, et non concertée; le secteur de l’agriculture est devenue comme la cinquième roue du carrosse. L’Etat s’est comme résolu à mettre les moyens logistiques qu’il faut, à vouloir mécaniser la pratique agricole, pendant que le ministre fait fi des revendications des réels acteurs sans qui l’orientation de la Politique agricole du pays n’aurait abouti.

Comme dans tous les départements ministériels les plus en vue, le président Sall semble avoir fait une erreur de casting au niveau de celui de l’agriculture. L’arrivée du ministre Moussa Baldé n’a pas permis l’amélioration des conditions de travail et de vie sociales des premiers acteurs, celui-ci préfère mettre le curseur sur les paysans et producteurs pour se faire un bilan appréciable. Or, il est clair que les premiers responsables de la politique agricole sont les travailleurs du ministère d’abord, avant d’être les autres acteurs administrés. Mieux, c’est de ces collaborateurs réunis au sein du SYNTTAS notamment, que dépendent en partie les résultats dont le ministre lui-même ne cesse de se targuer. Paradoxalement, les syndicalistes ruent dans les brancards depuis quelques mois pour dénoncer les conditions difficiles de travail sans que le ministre ne daigne leur prêter oreille attentive.

Des affectations et réaffectations comme seules réponses

Ce que le ministre a eu comme réponse envers les travailleurs de son secteur, c’est exactement ce que l’ensemble de ses collègues du gouvernement ne savent que trop faire: amener les contestataires à l’usure et les faire abdiquer sans satisfaction. Depuis que les travailleurs de l’agriculture ont déclenché leurs mouvements d’humeur, le ministre Baldé ou ses services ne les ont pas rencontrés; et s’ils l’ont fait ce n’est que pour faire des promesses auxquelles ces responsables ne croient plus d’ailleurs. Incapable de les convaincre, le chef du département avait dans un premier temps brandi l’argument de l’illégalité du syndicat, pour nier sa constitution dans les règles de l’art avant de procéder à des réaffectations toutes azimuts pour des besoins de service. Cela n’avait pas empêché les syndicalistes de camper sur leurs positions en faisant de la rétention d’information et refusant de faire le travail administratif qui leur est assigné.

Aujourd’hui, il est clair que le combat entre dans une nouvelle phase avec la radicalisation des dirigeants syndicaux qui ont menacé de reprendre la grève de la faim. S’ils y avaient mis un terme à la veille de la fête de Tabaski, c’est justement parce qu’ils avaient bonne foi à la promesse de rencontrer le ministre. Mais après que ce dernier a fait opérer des ponctions sur leurs salaires au moment où ces derniers comptaient sur l’avance Tabaski pour faire face à l’augmentation des dépenses, et de nouvelles affectations décernées aux mêmes personnes, il faut s’attendre à ce que le bras de fer continue de plomber le ministère de l’agriculture. Et le ministre, qui ne doit pas être prêt à profiter des bons résultats du travail abattu par ces hommes sur le terrain, doit leur accorder l’attention et l’estime dues à leurs rangs. Quand on gère un secteur qui fournit de l’emploi à plus de 60% de la population, on doit faire moins de politique et développer plus de capacité d’écoute à l’égard de ceux qui soutiennent le secteur de par leur travail de recherches et d’orientation. Il serait bénéfique que les ministres se rendent compte que les résultats, ce ne sont pas les moyens seuls qui les réalisent, mais c’est surtout les hommes qui les font.

Par Ababacar Gaye/SeneNews

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