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L’accusation demande la clémence pour Valérie Bacot, « victime » du mari violent qu’elle a fini par tuer


Le ministère public a demandé vendredi 25 juin la clémence pour Valérie Bacot et une condamnation sans réincarcération tenant compte du fait qu’elle avait été une victime du mari violent et proxénète qu’elle a fini par tuer d’une balle dans la nuque.

« Valérie Bacot ne pouvait pas prendre la vie de celui qui la terrorisait », mais il faut « fixer l’interdit sans réincarcérer », a déclaré l’avocat général, Eric Jallet, devant la cour d’assises de Saône-et-Loire, rappelant que ses quatre enfants ont « besoin » de l’accusée.

Le magistrat a ainsi requis cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, ce qui ferait sortir libre Valérie Bacot du tribunal considérant l’année qu’elle a déjà effectuée en détention provisoire d’octobre 2017 à octobre 2018 pour l’assassinat de son mari.

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Valérie Bacot a tué Daniel Polette le 13 mars 2016 d’une balle dans la nuque après plus de vingt-quatre ans de viols, violences et de prostitution contrainte. Elle encourt la perpétuité.

A l’écoute des réquisitions, Mme Bacot s’est effondrée en larmes, perdant connaissance, visiblement épuisée. Les secours ont été dépêchés pour la soigner et elle semblait recouvrer ses esprits en milieu de matinée.

« Une cour d’assises, c’est l’affirmation des valeurs de la civilisation qui sont d’abord de protéger la vie. Une société qui se fait justice soi-même, c’est la guerre des uns contre les autres », a déclaré l’avocat général. « Valérie Bacot est victime, très clairement, mais c’est son procès, pas une tribune d’opinion », a-t-il ajouté.

Toutefois, « un emprisonnement nouveau n’apportera pas plus d’élément à la protection : la dangerosité criminologique est très faible », a expliqué M. Jallet, estimant que « la peine doit accompagner plutôt que de retirer à nouveau ».

« Violences extrêmes subies pendant près de vingt-cinq ans »

Tout au long du procès, ouvert lundi, la défense a dépeint les « violences extrêmes subies pendant près de vingt-cinq ans » par Valérie Bacot et sa « peur de les voir se perpétuer à l’encontre de sa propre fille », Karline, qui avait 14 ans au moment des faits.

Des experts psychiatre et psychologue ont de plus souligné que l’accusée n’avait aucune autre « échappatoire » que de « faire disparaître » son mari tant elle souffrait de son « emprise permanente » et de sa « surveillance » très serrée, ce qui l’empêchait d’aller porter plainte.

Mme Bacot a décrit comment son mari l’avait plusieurs fois menacée avec une arme, lui assurant que, « la prochaine fois, il ne la louperait pas ». L’homme alcoolique et violent l’avait forcée à se prostituer pendant quatorze ans à l’arrière de la 806 familiale, exigeant de son épouse qu’elle porte une oreillette afin de pouvoir entendre les « instructions » de son mari qui guidait la passe.

A 12 ans, elle avait été violée une première fois par Daniel Polette, qui était alors l’amant de sa mère. Condamné et incarcéré en 1996, l’homme est pourtant autorisé, dès sa sortie de prison en 1997, à réintégrer le domicile familial. Et « tout recommence comme avant », raconte Valérie Bacot dans son livre Tout le monde savait (Fayard), publié le mois dernier.

Quand elle tombe enceinte à 17 ans, Valérie Bacot part s’installer avec « Dany », expliquant cette décision surprenante par le besoin d’offrir un « père » à son enfant qu’elle voulait garder.

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Le déclencheur de l’assassinat sera la peur que sa fille Karline subisse le même sort quand, à 14 ans, elle avoue à sa mère que son père lui a demandé « comment elle était sexuellement, ses mensurations, ce qu’elle savait faire ». Cela avait fait craindre à Mme Bacot que son mari projette de prostituer sa propre fille. Le 13 mars 2016, après une énième passe à l’arrière de la 806, elle s’empare d’un pistolet de son mari et lui tire une balle dans la nuque.

« Je sais que je repars en prison. J’ai tout mis en ordre », a déclaré jeudi Mme Bacot, évoquant même une « carte de bus » qu’elle avait payée pour son fils cadet. « Mais ça me fait mal de laisser [mes enfants] », a-t-elle ajouté.

L’affaire n’est pas sans rappeler le cas de Jacqueline Sauvage, devenu le symbole des violences conjugales après avoir été condamnée pour avoir tué son mari, puis graciée en 2016. Les avocates de Mme Bacot, Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini, ont d’ailleurs défendu Mme Sauvage. Pour Valérie Bacot, le verdict sera rendu vendredi.

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Le Monde avec AFP

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