tous les Centres de traitement rouverts, sauf à Touba qui est pourtant débordé


En mi-octobre, avec la tendance baissière notée dans la propagation du coronavirus, les autorités sanitaires avaient procédé à une réorganisation dans la prise en charge des malades de Covid-19 en fermant presque tous les Centres de traitement des épidémies (Cte), exceptés ceux des hôpitaux de Fann et de Dalal Jamm. Ce qui n’était pas une « fermeture définitive » ! Juste un « réajustement » de la stratégie de riposte en allégeant le dispositif mis en place. Comme il n’y avait presque plus de malade, la tutelle ne jugeait plus nécessaire de laisser tous les centres fonctionnels et mobiliser tout le personnel.

C’était l’explication donnée par le directeur du centre des opérations et des urgences sanitaires (Cous), Dr Abdoulaye Bousso à propos de la fermeture des centres de traitement. « On a allégé le dispositif. On ne va pas ouvrir tous les centres, mobiliser tout le personnel alors qu’il n’y a pas de malade. L’hospitalisation des malades est centralisée entre Fann et Dalal Jamm. Mais au niveau de chaque région, il y a un hôpital qui a les capacités de recevoir des patients. Il faut réorganiser le personnel en fonction du nombre de malades. Le nombre de malade diminuant, nous avons restructuré le dispositif et pour le moment, il n’y a aucun problème », avait-il dit non sans souligner que le Sénégal n’était pas à l’abri d’une deuxième vague vue la petite variation du nombre constatée tout au long du mois de novembre.

Il tenait ce discours en début du mois en cours, et avait même invité à attendre d’ici la fin semaine, vers le 10 décembre, pour faire une bonne analyse sur l’évolution des cas ! En bon scientifique, il ne s’était pas trompé sur la survenue d’une éventuelle deuxième vague lorsqu’il s’exprimait sur la situation de l’épidémie le 3 décembre dernier. C’était des prémices d’une reprise des contaminations en grande vitesse avec aujourd’hui 30 cas en réanimation, et 4 à 6 décès en moyenne par jour. D’où la nécessité de réactiver le dispositif de veille mis en place avec surtout la réouverture des centres de traitement dédiés aux malades Covid, et qui étaient mis en veilleuse après la baisse de cas constatée.

Tout le monde avait noté une certaine accalmie, et on avait presque plus de cas graves dans beaucoup de zones. Ce qui avait justifié la fermeture des centres par les autorités sanitaires qui, sur instruction du chef de l’Etat, ont commencé à accueillir une catégorie de patients testés positifs à la Covid. En effet, le mercredi 16 décembre dernier, lors d’un conseil des ministres, le chef de l’Etat avait ordonné la réouverture des centres de traitements en demandant au ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, de réactiver ces dits centres, remobilisant et motiver d’avantage les personnels de santé et, surtout, renforcer les services d’urgences et de réanimation dans les hôpitaux.

En parlant de motivation, le président Sall avait sûrement reçu la lettre ouverte adressée par le personnel soignant au niveau des CTE, particulièrement les paramédicaux (infirmiers, sages-femmes d’état, infirmiers assistants, aides infirmiers …) lui demandant de trancher sur le différend qui les opposait, au cours du mois de juillet, avec le ministre qui aurait refusé de leur octroyer une indemnité mensuelle de motivation avec une bonne partie du personnel qui n’avait droit qu’à une indemnité mensuelle en lieu et place d’un salaire.

Deux jours après les instructions du Président Sall, le ministre a réuni le 18 décembre dernier les directeurs d’hôpitaux pour échanger surtout sur la question de la réouverture des Centres de traitement des épidémies (Cte) pour une meilleure prise en charge des cas, surtout ceux graves. Diouf Sarr avait également fait une visite de terrain au niveau des CTE de Fann, Grand Yoff et Dalal Jamm.

Le cas de Touba, une préoccupation majeure
En moins d’une semaine après les instructions du Chef de l’Etat, « tous les centres de traitement épidémiologiques du Sénégal ont été rouverts et opérationnels ». Du moins, c’est la déclaration du directeur du Sneips, Dr Ousmane Guèye, selon qui, il n’y aurait aucune région aujourd’hui qui n’est pas opérationnelle. « Même à Ndioum et à Kaffrine où on a des centres techniques d’établissement, et où il n’y a pas de malade, ils sont opérationnels » ! Sauf que cette assurance du directeur du Service national de l’éducation et de l’information pour la promotion de la santé (Sneips) ne semble pas concerner Touba où on peine à passer la clé à la porte de leur Cte, et où les hôpitaux sont aujourd’hui débordés, et qui risquent de ne plus supporter les dépenses liées à la prise en charge des patients infectés.

Notre source n’y va pas par quatre chemins. « Celui de Touba (Ndlr : Centre de traitement épidémiologique) n’est pas ouvert. Nous sommes débordés. Nos patients sont toujours là. Aucune solution. C’est du n’importe quoi. Hier même, j’ai été interpelé par les urgences. Notre urgence est pleine à cause des Covid. Nos décès ont été notifiés à la commission. Le professeur Seydi a raison de dire qu’il y a une surmortalité liée à l’insuffisance et au retard de prise en charge, et non liée à la virulence. Il faut sonner l’alerte. Ils ont dit 19 sur 20 centres ouverts. Il serait bien de voir ce qui se passe aussi dans les régions. La situation est grave. Certains hôpitaux ne peuvent pas supporter le coût de la prise en charge ou des lenteurs. Ici, nous avons eu un décès avant hier, deux cas graves dans le coma qu’on arrive pas à transférer, faute de Cte fonctionnel. Certains sont hostiles sans isolement. C’est catastrophique. Ce n’est plus de la médecine », se désole ce spécialiste de la santé, sous l’anonymat.

Parlant toujours de ce centre de Touba qui n’est pas encore fonctionnel, il affirme que « c’est certainement le ministre de la Santé qui doit donner son feu vert avec des mesures d’accompagnement. D’après des rumeurs, ils doivent de l’argent dû aux hôpitaux qui hébergent les centres et qui s’occupent de leur gestion par rapport à la première ouverture. C’est une gestion déléguée. Si les moyens ne suivent pas, l’hôpital s’endette. Donc les responsables vont trainer les pas. ».

Il faut juste dire que le Cte de Touba, logé à l’hôpital Matlaboul Fawzayni n’est toujours pas fonctionnel. Touba fait partie des zones où la maladie est en recrudescence avec des cas graves et des décès. Les structures sanitaires comptent beaucoup sur l’ouverture du Cte pour la prise en charge des cas graves. Qu’est-ce qui peut expliquer cette lenteur ? Certains pensent qu’il s’agit d’un problème de moyens. L’hôpital ne serait pas en mesure de supporter la note sans un accompagnement financier et logistique du ministère de tutelle. Il est à craindre une augmentation des cas de décès par retard ou défaut de prise en charge. Cette situation confirme le professeur sur la surmortalité notée dans cette deuxième vague.

Le Témoin

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