Paul McCartney au coin de la cheminée


« McCartney III », le nouvel album de Paul McCartney, à Londres, le 18 décembre 2020, jour de sa sortie.

Comme un écho réconfortant du monde d’avant, Sir Paul McCartney, 78 ans, propose un nouvel album qui vient rappeler l’éternité des Beatles, une semaine avant Noël et dix jours après le quarantième anniversaire de l’assassinat de son bouillant partenaire, John Lennon, le 8 décembre 1980.

Enregistré chez lui dans le Sussex, pendant le confinement, McCartney III porte un titre faussement sobre puisqu’il indique sa continuité avec deux volumes significatifs dans une carrière discographique s’étendant sur sept décennies : avec ses cerises sur la pochette et son instrumentation boisée, McCartney (1970) marqua l’affranchissement définitif d’avec le quatuor de Liverpool quand les synthétiseurs et l’électronique de McCartney II (1980) tournèrent la page du groupe qui lui succéda, Wings.

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En leur temps, ces prédécesseurs (spectaculairement réhabilités depuis) ne furent pas épargnés par une critique qui les jugeait indignes des audaces – et même des errements – que s’autorisait Lennon. McCartney III échappe aujourd’hui à cette mauvaise réception, fruit d’un long et tortueux retour en grâce pour celui qui fut souvent chapitré pour sa tiédeur, sinon sa mièvrerie. Ce troisième numéro est pourtant l’élément le plus faible d’une trilogie dont l’unité ne repose que sur la méthode : le multi-instrumentiste (guitares, claviers, batterie) est pratiquement seul à bord à domicile et évite de lustrer ses chansons en recourant aux enluminures de la production.

Repli au coin de la cheminée

De l’auteur d’Ob-La-Di Ob-La-Da et de Silly Love Songs, on n’attend pas du texte et d’édifiantes leçons de vie (le mot d’ordre ici étant Carpe Diem), plutôt des airs qui embelliront l’existence puisqu’on a affaire à un des plus doués mélodistes de l’histoire de la musique populaire. L’instrumental inaugural, Long Tailed Winter Bird, n’en prend pas la direction, qui s’apparente à un exercice d’échauffement sur cordes bloquées. Si la voix trahit inévitablement le passage des ans dès le guilleret Find My Way, le septuagénaire ne renonce pas pour autant aux coquetteries de jeune homme en la doublant d’un falsetto.

S’ensuivent deux banales ballades et un rock pantouflard, cours tranquille heureusement dévié par la pièce centrale de l’album, les huit minutes de Deep Deep Feeling : McCartney y partage ses émotions, entre joie et douleur, et touche enfin le cœur de l’auditeur. Sans crainte de l’anachronisme, ce complexe trip-hop (genre en vogue dans les années 1990) agence avec maestria batterie et guitare plaintive, cordes synthétiques et voix, piano et mellotron, le merveilleux clavier polyphonique que le bassiste, alors fanfariste moustachu au service du Sergent Poivre, ajouta en 1967 à la palette des Beatles avec l’introduction de Strawberry Fields Forever.

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