Comment l’épidémie de Covid-19 chamboule nos relations amicales


Avec le deuxième confinement, voir ses amis a, une nouvelle fois, viré au casse-tête. Nos amitiés sont pourtant essentielles à notre équilibre personnel. Ces relations privilégiées permettent de se confier, se soutenir et s’entraider – bien avant le fait de s’amuser ensemble, qui relèverait plutôt du simple copinage. Le vrai ami, c’est notre « valeur refuge », la personne avec qui on peut partager les joies et les coups durs de l’existence.

« Nous sommes des êtres sociaux et nos amitiés tiennent une place majeure dans notre sociabilité. Elles permettent de tisser des liens particulièrement denses, tournés vers l’extérieur et sans lesquels nous serions enfermés dans notre sphère privée, résume l’historienne Anne Vincent-Buffault, autrice de L’Exercice de l’amitié. Pour une histoire des pratiques amicales aux XVIIIe et XIXe siècles (Seuil, 1995). Dans la Grèce antique, l’amitié était même le ciment des relations sociales et le ferment de la citoyenneté. »

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Rien d’étonnant donc à ce que certains d’entre nous aient mal vécu cette période de sevrage amical. « On ne peut pas dire que le confinement nous “prive” de nos amis. En revanche, il nous prive de nos rapports physiques avec eux », note Anne Vincent-Buffault.

Pour être viable, une relation amicale a besoin de deux choses : du temps et de la proximité physique. Dès l’Antiquité, Aristote (384-322 av. J.-C.) a mis cela en avant. Il faut, écrit le philosophe grec, que les amis aient pu « consommer ensemble un boisseau de sel », autrement dit qu’ils aient partagé un certain nombre de repas et de moments privilégiés. Des conditions difficiles à remplir ces dernières semaines.

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« Nos rapports amicaux sont empêchés par les mesures de distanciation physique. Dans La Dimension cachée, l’anthropologue américain Edward T. Hall s’intéresse à la notion de proxémie – comment la distance physique entre deux interlocuteurs intervient dans le processus de communication, détaille Anne Vincent-Buffault. Il montre que la “distance intime” qui sépare deux amis est en moyenne d’environ 50 centimètres, tandis que la “distance sociale”, dans un cadre professionnel par exemple, tourne davantage autour de 1,50 mètre. »

« Exercice de tact amical »

Certains en ont fait l’étrange expérience à la sortie du premier confinement : voir un ami sur un banc public à plus de 1 mètre de distance peut se révéler extrêmement frustrant. Etre amis, c’est être proches, même si on ne se touche pas.

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