L’ombre de « Charlie Hebdo » sur un procès pour harcèlement en ligne


Le président de BarakaCityFrance, Idriss Sihamedi, dans une vidéo postée sur la chaîne Youtube de l’ONG, en 2016.

Charlie Hebdo, la liberté d’expression, l’islam… Deux jours après la clôture du procès des attentats de janvier 2015, le tribunal de Paris a eu comme un hoquet, vendredi 18 décembre, à l’occasion du procès d’Idriss Sihamedi, président et fondateur de l’ONG BarakaCity, jugé pour cyberharcèlement de la polémiste et militante anti-islamiste Zineb El Rhazoui, ex-journaliste de Charlie. Les trois heures et demie d’audience devant la 10e chambre du tribunal correctionnel, traditionnellement réservée aux petits dealeurs, aux voleurs à la tire et aux conjoints violents, avaient des airs d’épilogue écœurant ou d’éternel recommencement du procès qui vient de se finir. Sauf que cette fois-ci, la liberté d’expression n’était pas invoquée par la victime mais par l’accusé.

En cause, quelque 80 Tweet diffusés sur son compte par Idriss Sihamedi, de son vrai nom Driss Yemmou, entre le 23 septembre et le 11 octobre, divulguant des éléments de la vie privée de Zineb El Rhazoui, qui s’est portée partie civile mais n’était pas présente à l’audience : il a ainsi publié le nom et la photo du mari de Mme El Rhazoui, ainsi que sa profession, son employeur et son salaire ; il a aussi rendu public le fait qu’elle possède un riad touristique au Maroc et qu’elle réside la plupart du temps aux Emirats arabes unis ; enfin, il a révélé l’initiale du prénom de sa fille de 4 ans, lors de cette campagne accompagnée de hashtags (#balancezinebelrhazoui #zinebgate) sur le réseau social. Parmi les abonnés au compte de M. Sihamedi (20 000 en septembre, le double aujourd’hui), l’un d’entre eux a révélé l’adresse parisienne de Zineb El Rhazoui, posant une évidente menace pour sa sécurité.

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Difficile, dans cette affaire, de faire abstraction d’une chronologie tragique. Le 27 août, Zineb El Rhazoui dénonce des propos de M. Sihamedi relevant de « l’apologie du terrorisme ». Nous sommes à quelques jours de l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015. Zineb El Rhazoui et Idriss Sihamedi sont dans des camps diamétralement opposés : elle vit sous protection policière depuis 2015 et n’a de cesse de dénoncer les méfaits de l’intégrisme musulman ; lui est le tenant d’un islam « dur » et voue Charlie aux gémonies. « Qu’Allah maudisse Charlie et enflamme leurs tombes à la chaleur du soleil », écrit-il après la republication des caricatures du prophète Mahomet au moment de l’ouverture du procès.

Contexte chargé

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