Economie

Le gouvernement centrafricain accuse l’ancien président François Bozizé d’une « tentative de coup d’Etat »


Le gouvernement centrafricain a accusé, samedi 19 décembre, l’ancien président François Bozizé d’une « tentative de coup d’Etat » en pleine « période électorale ». « François Bozizé se trouve actuellement aux abords de la ville de Bossembélé (à 150 km au nord-ouest de la capitale) [et a] l’intention manifeste de marcher avec ses hommes sur la ville de Bangui », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Ange Maxime Kazagui. « Il s’agit manifestement d’une tentative de coup d’Etat, que le gouvernement tient à dénoncer en cette période électorale », a-t-il ajouté, faisant allusion aux élections présidentielle et législatives du 27 décembre.

M. Kazagui accuse les troupes de François Bozizé d’avoir « assassiné lâchement trois gendarmes » ainsi qu’un militaire du génie, sans donner davantage de précisions. Il a également dénoncé une « entreprise suicidaire, dont le seul but est de remettre en cause la décision de la Cour constitutionnelle », laquelle a invalidé récemment la candidature de M. Bozizé, estimant qu’il était sous le coup de sanctions des Nations unies pour son soutien présumé à des groupes armés responsables de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’humanité ».

Fusion des groupes armés

Cette accusation fait suite à l’annonce de la formation d’une coalition des trois principaux groupes armés du pays : le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC), actif dans le nord, les 3R (Retour, réclamation, réhabilitation), un groupe à dominante peule présent dans l’ouest, et des milices anti-balaka, réputées favorables à François Bozizé. Ils occupent la grande majorité du territoire centrafricain et mènent une offensive dans le nord et dans l’ouest du pays, commettant des exactions régulières contre les civils.

Les leaders des groupes ont décidé « de fusionner tous [leur]s mouvements en une seule entité, désignée Coalition des patriotes pour le changement (CPC), [et] placée sous commandement unifié », ont écrit les leaders samedi dans un communiqué, invitant « tous les autres groupes armés à adhérer ». Ils appellent leurs membres à « fraterniser » avec les soldats des forces régulières qui désirent les rejoindre, à « respecter scrupuleusement l’intégrité des populations civiles » et à « laisser passer librement les véhicules » des Nations unies et des humanitaires.

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Les casques bleus « en alerte maximale »

Alors que le premier tour des élections présidentielle et législatives est prévu le 27 décembre, mais que l’opposition craint des fraudes massives, cette coalition menace désormais la capitale, Bangui, d’un blocus à distance. Les casques bleus sont « en alerte maximale » pour empêcher les groupes armés « de perturber les élections », a déclaré la Mission des Nations unies en République centrafricaine (Minurca) dans un communiqué publié vendredi 18 décembre.

Mais, selon des sources humanitaires et onusiennes, les groupes armés se seraient déjà emparés de plusieurs localités situées sur les axes qui desservent Bangui. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a selon son porte-parole, Stéphane Dujarric, condamné ce même vendredi 18 décembre « l’escalade de la violence » et appellé « tous les acteurs à cesser toute hostilité de manière urgente ».

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Selon Hans de Marie Heungoup, spécialiste de l’Afrique centrale au sein du centre de réflexion International Crisis Group, les menaces de ces groupes doivent être interprétées avec prudence, car si les rebelles avaient voulu descendre sur Bangui, ils auraient déjà incité certaines milices à créer un contexte d’insécurité dans la ville, « comme l’avait fait la Séléka en 2013 », ce qui n’est pas le cas à ce stade. « Pour l’heure, il y a une psychose, et beaucoup de rumeurs », explique-t-il.

La République centrafricaine, pays de 4,9 millions d’habitants classé parmi les plus pauvres du monde, a été ravagée par la guerre civile après la chute de François Bozizé en 2013. Les affrontements entre la Séléka et les milices chrétiennes et animistes anti-balaka avaient fait des milliers de morts. Depuis 2018, la guerre a évolué en un conflit de basse intensité, où les groupes armés se disputent le contrôle des ressources du pays – bétail et minerai principalement – tout en perpétrant régulièrement des exactions contre les populations civiles.

Le Monde avec AFP

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