Des cinéastes appellent à l’action contre la violence faite aux femmes en Afrique de l’Ouest


Photo : Mariama Colley, productrice du film « Gifts from Babylon. » OIM


« Les films sont un outil très puissant lorsqu’il s’agit de sensibiliser et d’éduquer les gens. Le fait que les femmes soient représentées dans des films, avec les luttes qu’elles traversent, leur donnera la plateforme pour que les gens sachent exactement certains des défis, des abus sexuels et de la violence auxquels elles sont confrontées lorsqu’elles voyagent (…) Les gens ne parlent généralement pas de leurs histoires », déclare l’actrice et activiste gambienne Mariama Colley.

Cette année, pour la campagne mondiale 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre, migrants de retour, cinéastes, acteurs et producteurs d’Afrique de l’Ouest se sont réunis pour dénoncer la violence et les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes.

L’initiative célèbre le leadership et l’inclusion des femmes dans la région en mettant en vedette des voix féminines et masculines de l’industrie cinématographique. Des femmes cinéastes, actrices et productrices passionnées et engagées ont été rejoints par des militants masculins pour promouvoir l’égalité des sexes et les droits humains.

Leurs interventions, capturées dans une série d’entretiens filmés par des migrants de retour, sont l’une des nombreuses activités du Festival International du Film sur la Migration (GMFF) organisé par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Dans sa cinquième année, le festival met en avant des talents africains engagés dans la narration d’histoires sur la migration, avec la projection de 14 films d’Afrique de l’Ouest et du Centre. En raison de la pandémie du Covid-19, certaines projections sont effectuées en ligne.

Mondialement, jusqu’à 70% des femmes subissent des violences physiques et / ou sexuelles de la part d’un partenaire intime à un moment de leur vie. Cette année, la violence basée sur le genre a augmenté durant la pandémie, en raison des lourdes restrictions imposées sur la vie des personnes, le confinement, l’isolement social, l’interruption ou la suppression des services et la détérioration des conditions économiques. Pour de nombreuses femmes migrantes et groupes vulnérables qui ne disposent pas de réseaux de soutien suffisants dans les pays de transit et de destination, le risque d’isolement est plus élevé. Les contrôles sur la mobilité et les mesures de quarantaine ont forcé de nombreuses femmes à s’isoler avec leurs agresseurs ou agresseurs potentiels.

Isabelle Loua, productrice et réalisatrice guinéenne, estime que le cinéma est un outil puissant pour apporter un changement social positif en attirant l’attention sur des questions spécifiques concernant les femmes, la migration et la protection des droits humains. Ce sont des sujets importants dans une région où les migrants représentent 2,8% de la population totale, le plus haut taux en Afrique.

Photo : Isabelle Loua, réalisatrice de « The Way. » OIM

« Que ce soit pour la migration, la violence contre les femmes, ici ou dans le désert ou partout où cela se produit, la violence est toujours la violence et le réalisateur a le devoir d’être le miroir de tout ce qui se passe dans la société, car la société a besoin de se voir dans ce miroir, et comprendre l’impact de ses actions », précise Isabelle.

Le nombre de femmes et de filles qui émigrent a augmenté, ces dernières années, dans la région. Beaucoup choisissent des itinéraires irréguliers et dangereux. Depuis 2017, plus de 10 000 femmes d’Afrique de l’Ouest et du Centre ont reçu une aide pour leur retour volontaire dans leur pays d’origine, dans le cadre de l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants. Elles représentent 13% du nombre total de migrants qui ont bénéficié d’une assistance pendant cette période.

La militante des droits des femmes nigérianes, Chylian Azuh, qui s’est engagée sur une route dangereuse vers l’Europe, a été témoin de la traite des êtres humains et a été victime d’exploitation, de discrimination et d’abus.

Photo: Chylian Azuh, militante nigériane. OIM

« En tant que migrante et femme, pour moi, la violence était inévitable pendant mon voyage qui m’a emmené sur terre et sur mer. Les femmes que je connais de chez moi et celles que j’ai rencontrées ont peu de contrôle sur leur propre corps. J’ai vu des femmes éprouver de terribles souffrances sans personne pour les défendre », dit Chylian.

Les femmes voyageant seules, avec des enfants, les femmes enceintes, allaitantes, les adolescentes et les femmes âgées sont parmi les plus à risque. À son retour, la stigmatisation touche de nombreuses femmes rapatriées, comme le montre l’histoire de Fatou, qui partage son récit de retour à la maison avec des rumeurs concernant un nouveau-né – elle a été confrontée à des commentaires négatifs et a été exclue socialement en conséquence.

Les films sont un moyen important de partager des histoires personnelles et de susciter un débat pour aborder les questions liées à la migration. Mariama Colley, de Gambie, est une personnalité de la radio, une militante des droits de genre, une actrice et l’une des productrices du film « Gifts from Babylon » diffusé durant le festival. Dans son pays, le mariage des enfants et les mutilations génitales féminines sont encore répandus. Mariama est reconnue pour ses prises de positions contre les problèmes de société qui affectent les femmes et les filles.

« Les femmes migrantes existent, elles ont leurs raisons et nous devons nous concentrer sur elles pour comprendre et permettre aux autres femmes de s’identifier [à elles]. Il est important de représenter des personnages féminins dans les récits de migration car les femmes migrent également et le nombre de femmes qui perdent leur vie sur les routes irrégulières augmente », dit-elle.

Pour de nombreux producteurs et acteurs de films, il est important de comprendre et de dépeindre les causes socio-économiques profondes qui sous-tendent les choix de migration. Comprendre cela leur permet de créer des intrigues et des personnages capables de parler et de résonner émotionnellement avec un public plus large.

Isabelle Loua, réalisatrice du court-métrage ‘The Way’, esquisse son choix de se focaliser sur les femmes et la migration : « J’ai décidé de m’engager car en tant qu’artiste et cinéaste, je ne pouvais pas me taire face au phénomène de migration […] Personnellement, je pense que la prévention est très importante pour essayer de comprendre les étapes avant le départ. C’est pourquoi dans mon film je parle de ce qui se passe avant le départ.

Photo : Khadidiatou Sow, réalisatrice de « Une place dans l’avion. » OIM

La réalisatrice sénégalaise Khadidiatou Sow a choisi de raconter une histoire liée à la migration dans son court métrage « Une place dans l’avion« , une comédie surréaliste présentant la migration et le rôle des femmes en tant qu’épouses, mères et potentielles migrantes. « Il y a quelques années, j’ai réalisé un documentaire sur deux jeunes qui voulaient se rendre en Espagne en pirogue et qui ont eu un accident qui les a fait revenir. Je suis allée chez eux et j’ai remarqué que c’était la mère et la sœur qui avaient prévu le premier voyage et qu’elles continuaient à collecter de l’argent pour que les jeunes repartent. À ce moment-là, je me suis dit que les femmes ont également un rôle important dans la migration, en nourrissant le désir de partir », dit Khadiatou.

Pour Roger Salah, un acteur renommé du Sénégal, les films peuvent défier les stéréotypes, fournir des modèles inspirants et promouvoir les droits humains. Roger plaide pour que les femmes assument davantage de rôles de leadership dans les films.

Photo : Roger Salah. OIM

« Nous sommes souvent habitués à voir les femmes dépeintes dans les films comme le « sexe faible, et ce n’est pas juste ». Les femmes peuvent assumer des rôles de leader dans les films parce que tout au long de l’histoire du monde, elles ont joué des rôles importants. […] Nous devons leur donner la place qui leur revient, les voir jouer des rôles de leadership qui pourraient sensibiliser et inspirer les autres », dit Salah.

La réalisatrice Khadidiatou Sow note que des progrès ont été réalisés depuis ses débuts dans le cinéma : « Ce n’est pas comme avant où sur un plateau de cinéma, il n’y avait que deux femmes, c’est-à-dire la maquilleuse et la costumière. Maintenant, c’est l’équipe technique. De la construction des décors, à l’utilisation des caméras, au son, tout, nous trouvons des femmes qui travaillent. Cela signifie que nous faisons notre place « .

Les interviews d’Isabelle Loua, Mariama Colley, Khadidiatou Sow et Roger Salah, ainsi que d’autres interviews sont disponibles ici.

Migrants comme Messagers (MaM) est une campagne de sensibilisation entre pairs qui vise à informer les jeunes d’Afrique de l’Ouest pour leur permettre de prendre des décisions éclairées sur la migration. Les Volontaires sont des migrants de retour qui interviewent d’autres migrants et des membres de la communauté pour partager des témoignages vidéo sincères avec leurs amis, leur famille et les communautés plus larges via les réseaux sociaux. Pour les 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre, 8 Volontaires MaM du Nigéria, Guinée, Gambie, Sénégal et Libéria ont interviewé 8 personnalités du cinéma développant des discussions sur la violence sexiste, la migration et le cinéma.

Le Festival International du Film sur la Migration est un événement annuel organisé par l’OIM à travers le monde. En Afrique de l’Ouest, le festival cette année est rendu possible notamment grâce au soutien de l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants.

Rédigé par Marilena Crosato, Chargée d’engagement communautaire, Bureau régional de l’OIM pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

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