Trois et dix ans de prison pour les Russes qui ont agressé un Anglais pendant l’Euro 2016 de foot


Au premier jour de leur procès, les accusés formaient une paire indissociable : deux supporteurs russes ayant frappé à Marseille un Anglais, désormais infirme, lors de l’Euro 2016. Même âge, 34 ans, même physique musculeux et sportif, mêmes cheveux coupés ras et regard sombre. Les débats devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône ont pourtant dessiné deux portraits différents de Pavel Kosov, chauffeur livreur, et de Mikhaïl Ivkine, professeur de fitness dans un gymnase de Moscou.

Le verdict rendu lundi 14 décembre a fini de les désolidariser. Ivkine est condamné à trois ans de prison pour le jet d’une chaise dont une vidéo projetée pour la première fois à l’audience laisse penser qu’elle n’a peut-être pas atteint la victime. Interpellé en février 2018 en Allemagne, comme son co-accusé alors qu’ils se rendaient à Bilbao pour suivre un match du Spartak Moscou, Ivkine sera très prochainement de retour chez lui à Moscou, selon son défenseur Me Julien Pinelli. Kosov, lui, est condamné à une peine de dix ans de prison pour un coup de poing, frappé par surprise sur le crâne, qui fait s’effondrer « comme une poupée molle » le supporteur anglais, suivi d’un coup de pied dans les fesses. La cour a prononcé leur interdiction du territoire français.

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Au ralenti, image par image, les jurés ont vu et revu ces quelques minutes qui, le samedi 11 juin 2016 autour de 17 heures, ont fait basculer la vie d’Andrew Bache, 55 ans, roué de coups par une horde de supporteurs russes. Avant ce maudit Angleterre-Russie à Marseille, cet Anglais était chauffeur-livreur pour les supermarchés Tesco, à Portsmouth.

Pas d’excuses

Affublé du surnom de « Pepe », il supportait « Pompey », le club de sa ville, avait passé sa vie à suivre l’équipe d’Angleterre. Mais « rien ne l’a jamais relié à un quelconque mouvement hooligan », a démontré son avocat Me Olivier Rosato. Il est aujourd’hui handicapé à 60 % et Harry Bache, son fils, a raconté aux jurés la vie de ce père qui oublie parfois qu’il est son fils, ne peut se déplacer que difficilement et s’interrompt subitement au milieu de ses phrases. Face à ce jeune homme, Mikhaïl Ivkine s’est levé : « Je regrette beaucoup et je suis vraiment désolé de tout ce que subit M. Bache. » Pavel Kosov, lui, n’a pas fait d’excuses. C’est bien plus tard que, par la voix de son avocat, il a fait part de ses « meilleurs vœux de rétablissement ».

Andrew Bache doit la vie au CRS Patrice Martin, qui, par un massage cardiaque de trois-quatre minutes, avait rattrapé le mince fil d’une vie qui s’en allait. Aux premières loges, sous une pluie de canettes vides jetées par les fans anglais, Patrice Martin a décrit comme « une vague, un tsunami » la charge des Russes, équipés de protège-dents, à l’assaut des Anglais sur le cours d’Estienne-d’Orves, à deux pas du Vieux-Port. « Les chaises, les parasols, tout ce qui pouvait servir d’arme par destination, ça volait. »

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