Politiques publiques en Seine-Saint-Denis : les raisons d’un « échec »


Des logements sociaux à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 4 février.
Des logements sociaux à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 4 février. PHILIPPE LOPEZ / AFP

C’est l’histoire d’un paradoxe, un « mystère » qui plombe la Seine-Saint-Denis depuis des décennies : pourquoi ce département situé aux portes de Paris reste enlisé dans la pauvreté alors qu’il a tous les atouts pour décoller ?

Pendant un an, Agnès Audier, senior adviser auprès du Boston Consulting Group (BCG), a interrogé une centaine de personnes (acteurs publics et privés) pour le compte de l’Institut Montaigne, avec le soutien de JP Morgan, afin de percer cette énigme et tenter de sortir de cette spirale. Dans son rapport intitulé « Seine-Saint-Denis : les batailles de l’emploi et de l’insertion » et publié mercredi 27 mai, elle dresse un constat sévère : les institutions, prisonnières de leurs logiques politiciennes et de la vision étriquée qu’elles ont de leurs compétences respectives, se révèlent incapables de penser des politiques publiques communes, centrées sur les besoins réels des individus, et continuent d’« opérer individuellement, en tant que concurrents ».

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Résultat, le département « stagne ». « L’examen des indicateurs socio-économiques offre une photographie inquiétante », alerte le rapport. Malgré d’importantes disparités en son sein, le territoire reste le plus pauvre de France métropolitaine, avec un taux de pauvreté de 28,6 % en 2016, près de deux fois plus élevé que celui de l’Ile-de-France (15,7 %).

« On ne peut pas parler d’abandon de l’Etat, on ne peut pas dire que personne ne fait rien ni qu’aucun moyen n’est mobilisé, pour autant, toute l’énergie, les efforts, l’argent et l’attention portés à ces sujets ne parviennent pas à venir à bout des difficultés endémiques, déclare la rapporteure, spécialiste des enjeux digitaux et sociaux. Le 93 n’est pourtant pas un bassin sinistré. » C’est même tout le contraire.

« Absurdités » et « incohérences »

Le département le plus peuplé de la région Ile-de-France après Paris, avec 1,6 million d’habitants, est aussi le plus jeune. Ici, 30 % de la population a moins de 20 ans. Voisin de la capitale, il accueille de nombreux sièges de grandes entreprises (SNCF, Veolia, BNP Paribas…) et bénéficie de nombreux projets d’envergure (Grand Paris Express, Charles-de-Gaulle Express, Jeux olympiques, complexe hospitalo-universitaire Paris Nord…) : 20 milliards d’euros d’investissement public sont prévus pour les quinze prochaines années.

Sauf que ce dynamisme profite peu aux habitants. Si le taux de chômage des Séquano-Dionysiens dépasse les 10 % de la population active depuis vingt ans, il n’est cependant pas « catastrophique », estime Agnès Audier. Mais ce sont les jeunes qui en souffrent le plus : 28 % des 18 à 24 ans sont sans emploi ni formation, soit treize points de plus que dans les Hauts-de-Seine par exemple.

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