interview exclusive de Jessye Ella Ekogha, porte-parole du Président Ali Bongo



Depuis ce lundi 25 mai au Gabon, un nouveau laboratoire, installé au sein du Palais des sports de Libreville, est entré en fonction. Baptisé « Laboratoire Pr Daniel Gahouma », du nom d’un pédiatre récemment décédé du Covid, celui-ci est capable d’effectuer jusqu’à 10 000 tests par jour, ce qui est inédit en Afrique. Il servira à la fois au Gabon et aux pays de la sous-région. A l’occasion de son lancement, Jessye Ella Ekogha, le porte-parole du président gabonais Ali Bongo Ondimba, a accepté de répondre à nos questions. Interview. 

AFRIK.COM : Pourquoi avoir construit un tel laboratoire, dont la capacité de tests est inédite en Afrique ?

Jessye Ella Ekogha : Ce laboratoire s’inscrit dans la stratégie de riposte du Gabon contre la Covid-19 qui repose sur trois piliers : diagnostiquer, isoler, traiter. Un modèle éprouvé avec succès dans d’autres pays et qui a démontré son efficacité. L’intérêt d’un tel laboratoire est de pouvoir dans des délais très rapides, de l’ordre de 24 heures, déterminer le statut virologique d’un maximum de personnes afin de savoir si elles sont positives ou non. Et pour celles qui sont positives, de les prendre en charge le plus rapidement possible pour freiner la propagation du virus et surtout de leur apporter les soins appropriés le plus tôt possible pour maximiser leurs chances de guérison. Au final, ce laboratoire représente un investissement important mais il permettra au Gabon de répondre efficacement à l’épidémie dans le pays et ailleurs en Afrique centrale.

AFRIK.COM : De quelle assistance, technique ou financière, avez-vous bénéficié dans la réalisation de ce projet?

Jessye Ella Ekogha : Le laboratoire a été acquis sur fonds propres, c’est à dire qu’il a été intégralement payé par le Gabon. Le projet a été monté en collaboration avec la société chinoise BGI. C’est elle qui a installé l’infrastructure au sein du Palais des sports de Libreville. Elle a ensuite formé des techniciens, des experts nationaux qui sont chargés de gérer ce super-laboratoire. Au total, 70 agents y travailleront quotidiennement.

AFRIK.COM : Quel a été le coût du projet ?

Jessye Ella Ekogha: Le Gabon a déboursé 4,1 millions de dollars, soit environ 3 milliards de francs CFA. Ce chiffre comprend le coût de l’infrastructure, hors consommable. Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas tant d’une dépense que d’un investissement, qui plus est dans ce secteur crucial qu’est la santé.

AFRIK.COM : Ce projet bénéficiera au Gabon mais aussi aux pays de la sous-région ? 

Jessye Ella Ekogha: La priorité est de dépister au Gabon pour répondre à la pandémie de Covid-19. Mais nous savons que pour y mettre un terme, il nous faut être solidaires à l’échelle du continent africain, comme l’a indiqué le président Ali Bongo il y a quelques semaines lors d’une réunion en visioconférence de l’UA. Pour être gagné, le combat contre le Covid-19 doit être collectif. C’est pourquoi nous proposons aux autres pays africains de bénéficier d’une partie des capacités de tests de notre laboratoire qui est un outil performant et inédit à tous égards dans la sous-région.

AFRIK.COM : Certains d’entre eux se sont-ils déjà manifestés ? 

Jessye Ella Ekogha: Oui, d’ores et déjà, plusieurs pays ont manifesté leur intérêt. Des discussions sont en cours.

AFRIK.COM : Avec 14 décès mais un peu plus de 2000 cas à ce jour, diriez-vous que l’épidémie au Covid-19 au Gabon est contenue au Gabon ? 

Jessye Ella Ekogha: Oui, on peut dire que l’épidémie de Covid-19 est contenue, surtout au regard de certaines prévisions qui fort heureusement ne se sont pas réalisées. Même si beaucoup sont focalisés sur le taux de cas positifs, ce qui importe c’est le taux de létalité, autrement dit de décès, et de guérison. Le taux de létalité est d’environ 2,8 % sur le continent africain. Au Gabon, ce chiffre n’est que de 0,7 %. Si l’on déplore chaque mort dans notre pays, le fait que le taux de décès soit aussi faible est un véritable soulagement. C’est le fruit d’une stratégie volontariste mise en oeuvre très tôt et dont les trois piliers, je le rappelle, sont tester, isoler, soigner.

AFRIK.COM : Quels sont les points de satisfaction dans la riposte que vous avez menée ? Et ceux sur lesquels il vous faut encore progresser ?

Jessye Ella Ekogha: Les points de satisfaction sont le taux de létalité qui demeure faible, surtout au regard de la moyenne sur le continent, mais aussi nos structures hospitalières qui tiennent le choc et qui continuent de recevoir dans de bonnes conditions tous les patients atteints par la Covid-19 dont l’état est préoccupant, ou encore la stratégie déployée qui, je l’ai dit, porte ses fruits.

Sur ce que nous devons améliorer, déjà, notre nouveau laboratoire permettra de réduire très largement le délai de délivrance des résultats suite à un dépistage au Covid-19. Ensuite, nous pouvons encore mieux faire au niveau de la mise en oeuvre des gestes barrières par la population, qu’il s’agisse du port du masque ou de la distanciation physique. Cela reste le meilleur moyen de ralentir la circulation du virus et d’éviter que des personnes, en particulier les plus fragiles, soient contaminées.

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