Le sauvetage de Lufthansa se heurte aux résistances de la Commission européenne


Des avions de la compagnie allemande Lufthansa, à l’aéroport de Munich, le 26 mai.
Des avions de la compagnie allemande Lufthansa, à l’aéroport de Munich, le 26 mai. Matthias Schrader / AP

Berlin a confirmé, lundi 25 mai, le plan de sauvetage historique de la compagnie aérienne Lufthansa, gravement ébranlée par la crise économique liée à la pandémie de Covid-19. Annoncé par la compagnie jeudi 21 mai, le projet comportait encore des détails non précisés. C’est maintenant chose faite. Mais la mise en place du plan pourrait se heurter à des résistances inattendues : selon la presse allemande, la Commission européenne exige de Lufthansa des concessions à la concurrence, en échange de l’entrée de l’Etat au capital de la compagnie.

Le ministre de l’économie, Peter Altmaier, a présenté, lundi soir, l’ensemble des éléments du plan public de sauvetage de la compagnie. L’effort de Berlin pour sauver une entreprise privée qualifiée comme d’« importance systémique » est considérable : 9 milliards d’euros, au total, sont consentis, sous forme de crédit et de participation de l’Etat.

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Le dispositif repose essentiellement sur l’intervention du « fonds de stabilisation de l’économie », un fonds public ad hoc créé par le gouvernement pour intervenir dans la crise liée au coronavirus. Il va d’abord acquérir une « participation tacite » (une participation au capital sans droit de vote) de 4,7 milliards d’euros dans Lufthansa. Puis, il achètera de vraies actions. Après l’augmentation de capital prévue par le groupe, le fonds public déboursera 300 millions d’euros pour acheter 20 % des parts, dotées d’un droit de vote réduit. Cette participation pourra être augmentée à 25 %, si un investisseur étranger cherchait à prendre le contrôle de la compagnie. Deux mandataires du gouvernement siégeront au conseil de surveillance.

Critiques de l’opposition

Cet accord, conclu de haute lutte entre la direction du groupe, le ministère de l’économie et celui des finances, jeudi, est loin de faire l’unanimité. Plusieurs responsables politiques de l’opposition ont dénoncé le « mauvais deal » du gouvernement. Pourquoi, se demandent-ils, le contribuable débourse-t-il 9 milliards d’euros pour sauver un groupe privé qui n’en vaut que 4,3 milliards en Bourse ? Pourquoi, quitte à dépenser autant d’argent, ne peut-il pas exercer un contrôle plus important sur les affaires du groupe ?

A ces critiques, le gouvernement a répondu qu’il entendait sauver une compagnie jusqu’ici bien portante, sans intervenir dans sa gestion opérationnelle. Les dirigeants devront toutefois renoncer à leur bonus, les actionnaires à leur dividende, et les nouveaux avions être les plus vertueux possible sur le plan environnemental, a précisé Peter Altmaier, lundi soir, lors de la conférence de presse.

« Nous ne les laisserons pas faire cela »

Pourtant, les critiques les plus gênantes ne sont pas venues d’Allemagne, mais de Bruxelles, qui devra valider le plan de sauvetage. La commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager, pourrait y opposer son veto, en raison de la participation directe de l’Etat au capital du groupe.

Selon les informations de plusieurs quotidiens allemands, elle exige, en échange de la validation du projet, des concessions à la concurrence, sous forme de précieux corridors d’atterrissage et de décollage aux aéroports de Francfort et de Munich. Selon ces mêmes sources, Angela Merkel a manifesté son intention de défendre les intérêts de Lufthansa contre Bruxelles. « Nous ne les laisserons pas faire cela », a-t-elle déclaré, lors d’une réunion avec la direction de son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), lundi matin.

Nouveaux déséquilibres

Ce n’est pas la première fois que le ton monte entre Berlin et Bruxelles sur des questions de concurrence. Mme Vestager s’est ainsi opposée à la fusion entre Alstom et Siemens, qui voulaient convoler pour former un géant européen du ferroviaire. Depuis le début de la pandémie, elle s’oppose formellement à ce que l’intervention de l’Etat dans l’économie soit illimitée, ou que le droit sur les fusions soit moins contraignant, comme le souhaiterait le ministre de l’économie allemand.

Dans un entretien accordé, mi-mai, au quotidien FAZ, elle avait alerté sur le fait que la moitié des aides publiques aux entreprises accordées pour l’instant en Europe proviennent de l’Allemagne, ce qui pourrait créer de nouveaux déséquilibres sur le Vieux Continent. « Cette répartition inégale n’est pas contestable juridiquement, mais elle pose problème », avait-elle déclaré.

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