les « chants Egun », cantiques de l’éternité



Le concept de l’éternité, pour la tradition africaine, va au-delà de la  simple conception qu’on peut en avoir. Ce sont en réalité les fondements sur lesquels cette tradition repose. Plusieurs divinités, au Bénin, incarnent au mieux ce concept de la vie après la mort, de par leurs philosophies, leurs chants et rythmes. « Les chants Egun, des cantiques de l’éternité » sont donc une courte virée ethnologique pour découvrir mieux des rites très souvent inconnus du grand public.

Le culte « Egun » est très prisé au Bénin. Quelques minutes suffisent après le retentissement des « Ganganhun » (grands talking drums, tambours invocateurs des Eguns) pour qu’une foule se constitue. Un proverbe fon va matérialiser ce phénomène comme suit : « Kluitô non ton bo non bâ awhan kpon a ! » ainsi pour dire « qu’à chacune de ses apparitions, le Egun se prend de foule« .

Rappelons que le culte Egun remémore le souvenir des disparus. C’est le symbole de l’esprit du mort, supposé revenu d’entre les morts, pour se manifester aux vivants (lire l’article précédent sur les Egungun Orisha) car en Afrique, le mort ne s’éteint point. Il vit toujours parmi les siens. Et c’est justement aux travers des paroles des chants religieux ancestraux et des panégyriques claniques qu’il revisite le monde des vivants.

C’est pourquoi la sortie des Egunguns nécessite une grande préparation de la part de leurs adeptes. Généralement tenus secrets, ces rituels sont exécutés avec grande rigueur et réunissent un répertoire de chants sacrés, connus seulement des initiés. Sans ces chants, les rituels seraient bâclés et par ricochet, ne porteraient point leurs fruits. Plus que des incantations, ces chants aux paroles agissantes sont des invocations à l’endroit des ancêtres (anciens Êtres divinisés).

Certains « Balê » (chefs du culte Egun) vont jusqu’à témoigner que ces chants ont des pouvoirs mystiques inimaginables. Ils sont décrits comme étant le mot de passe donnant accès au monde des ancêtres. « Ces chants sont le véhicule par lequel nos ancêtres nous reviennent sous la forme de Egun Orisha. La mort pour nous, n’est qu’un changement de rôles… » a ainsi déclaré « Baba-gbalê Ogoudeyi », chef-couvent Egun de la collectivité Ogoudeyi de Kpensa (Savi).

Le constat est presque le même chez les initiés du culte « Oro » et dans beaucoup d’autres couvents.

Ainsi pour les religieux traditionnels africains, d’une manière générale, la mort n’est que l’une des quatre étapes du cycle de la vie que sont : la naissance, la mort, la résurrection et la réincarnation). La mort n’est aucun cas alors synonyme de disparition totale d’un être mais plutôt une avancée vers la Sagesse de Mahu (Dieu, l’Ancêtre des ancêtres).

Quand une personne passe l’arme à gauche, c’est seulment son enveloppe corporelle qui s’éteint. Son être spirituel (l’esprit et l’âme) par contre, ne périt point. Il est entretenu et constamment restauré au moyen des cantiques tels que les chants Egun.

Et tant que ces rites seront perpétués, cette sagesse africaine passera de génération en génération, garantie essentielle de l’éternité des ancêtres.Les chants ancestraux sont donc sacrés et leurs paroles agissantes sont sources de vie éternelle pour les ancêtres.

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