Deux statues de Victor Schœlcher brisées par des manifestants en Martinique


Plusieurs manifestants ont fait tomber, vendredi, à Fort-de-France et à Schœlcher, en Martinique, deux statues de Victor Schœlcher, l’homme qui a décrété l’abolition de l’esclavage, le 27 avril 1848.

Relayée sur les réseaux sociaux, la vidéo de la chute de ces statues, réalisée par les activistes eux-mêmes, qui se présentent comme antibéké et anti-héritage colonial, a provoqué une vague d’indignation. Une jeune femme soupçonnée d’avoir participé à l’action a été placée en garde à vue et, à l’issue, convoquée au tribunal le 9 juillet, selon son avocat, Dominique Monotuka.

« Schœlcher n’est pas notre sauveur », ont écrit dans un communiqué les manifestants, qui sont aussi ceux qui ont bloqué pendant plusieurs semaines, fin 2019 et début 2020, les hypermarchés chaque week-end. Ils accusaient leurs propriétaires, souvent de grandes familles locales (béké), d’être à l’origine de la pollution au chlordécone, un pesticide longtemps utilisé dans les bananeraies et suspecté d’être à l’origine de cancers de la prostate.

Lire notre enquête : Chlordécone : les Antilles empoisonnées pour des générations

Emmanuel Macron condamne ces actes « avec fermeté »

Sur Twitter, Emmanuel Macron a condamné « avec fermeté les actes qui, perpétrés hier en Martinique, salissent sa mémoire [celle de Schœlcher] et celle de la République ». La ministre des outre-mer, Annick Girardin, a estimé, sur Twitter également, que s’il est « permis à tous de questionner l’histoire, cela nécessite un travail méthodique et rigoureux. En aucun cas cela ne doit se faire à travers la destruction de monuments qui incarnent notre mémoire collective ».

Dans un communiqué, le maire de Fort-de-France, Didier Laguerre, a condamné « avec la plus grande fermeté » la destruction de ces statues et appelé à « ne pas céder à la tentation de réécrire l’histoire ». Pour le député Serge Letchimy, ces « actes de vandalisme (…) portent atteinte au travail de l’homme dont on ne peut nier le rôle et la contribution dans l’abolition de l’esclavage en 1848 ».

La Fondation pour la mémoire de l’esclavage a expliqué, samedi dans un communiqué, que « ce combat a réuni les personnes réduites en esclavage, qui n’ont cessé de se révolter contre leur état, et l’ont fait encore le 22 mai 1848 en Martinique, et des militants abolitionnistes comme Victor Schœlcher ». Sur Twitter, l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau a dénoncé la récupération politique du travail de Victor Schœlcher mais appelé à respecter l’homme.

Associé à l’abolition de l’esclavage

Le 22 mai 1848, les esclaves qui s’étaient rebellés contre les colons arrachaient leur liberté en Martinique au terme de plusieurs jours de violentes émeutes. Des faits qui intervenaient moins d’un mois après la signature, à Paris, le 27 avril, du décret d’abolition de l’esclavage, porté notamment par Victor Schœlcher.

Après l’abolition, Victor Schœlcher devient député de la Martinique. Son nom est donné à la bibliothèque de Fort-de-France puis, en 1889, à la toute nouvelle ville de Case Navire. Des hommages qui, pour certains, empêchent la reconnaissance des héros locaux de l’abolition, comme l’esclave Romain.

Les manifestants demandent d’ailleurs que la bibliothèque et la ville qui portent le nom de Schœlcher soient renommées au profit d’acteurs locaux de l’abolition de l’esclavage et de l’émancipation des Noirs.

Le Monde avec AFP



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