La fragilité du système.


Tout tend à démontrer, en réalité, la gestion catastrophique d’une situation catastrophique. Les crises ne sont pas seulement des symptômes de situations anormales, elles sont aussi le cruel révélateur des défaillances de fond, de l’impéritie des dirigeants, de la fragilité des personnalités. Cette crise du coronavirus est à l’origine sanitaire; au Sénégal, nul ne doute qu’elle entérine une crise politique, une crise du politique et, partant, une crise des politiques, avec la hausse du prix de l’électricité, les milliards du pétrole…

Pour les téléspectateurs, la crise aura aussi levé le voile sur les coulisses du pouvoir avec ces « personnalités » médiatiques, politiques, administratives et prétendument scientifiques qui hantent à longueur de journées les cours des ministères et les plateaux de télévision.

Plus globalement, le naufrage a emporté le peu de ministres que l’opinion créditait encore de quelques qualités, soulignant ainsi l’échec total de la « Révolution Macky »  à faire émerger une nouvelle élite pour le pays. La crise vient confirmer que le « régime Macky » n’incarnait pas un « monde nouveau » mais fermait, en réalité, un cycle politique.

Aujourd’hui l’intéressé lui-même conscient de la nécessité d’une séance de rattrapage publique, se contraint à l’humilité, avec un début de mea culpa et l’esquisse d’une promesse juste temporaire « nous devons désormais apprendre à vivre en présence du virus». 

La « guerre » contre le coronavirus pour laquelle le chef de l’Etat avait appelé à la mobilisation a glissé vers une triste comédie digne de « la Septième Compagnie ».

Le pays s’est retrouvé coincé dans la fameuse « tenaille »:                   
-des politiques : d’abord inconscients et fanfarons, puis irrésolus et manipulateurs et aujourd’hui brouillons et tremblants ;                                                     
-une technocratie hors-sol qui a pu donner au mieux la mesure de sa léthargie, au pire la démonstration d’une puissante capacité de nuisance.

Une communication officielle, de surcroît grossière, s’est substituée au discours responsable c’est-à-dire une voix sereine et rassurante, appuyée sur une réflexion juste et la définition d’une action claire. La parole publique dont la force aurait été si nécessaire en ces circonstances s’en est trouvée dévaluée jusqu’à la moquerie. La vérité c’est que le pouvoir n’a pas su définir de stratégie se contentant d’adapter un discours officiel filandreux et irrationnel aux pénuries c’est-à-dire à ses propres carences logistiques et politiques.

Les deux (02) premiers mois de la gestion de la crise (mars/avril) furent perdus dans une approche quasi moyenâgeuse du traitement de l’épidémie, une stratégie outrageusement défensive à l’image de ceux qui l’avaient décidée: des gestes « barrière » expliqués jusqu’à ressassement et un état d’urgence assorti d’un couvre-feu économiquement ruineux.

De fausses promesses de commandes de matériels sanitaires en illusoires délais de livraison, les ministres ont baladé l’opinion. Le trait caractéristique de l’escroc n’est-il pas sa capacité à gagner du temps ? Finalement, la seule stratégie de nos dirigeants a pu se résumer par le mot d’ordre suivant : « tous aux abris » et surtout que personne ne bouge ! Comme pour nous rassurer des dirigeants se targuent « d’apprendre de la crise » !!!  Oublieraient-ils qu’ils ne sont pas des stagiaires de ministère et que les fautes dans l’exercice d’une fonction publique se soldent en milliers de vies humaines.

Au moment où nous entrons dans la phase de reprise du cours normal des activités pour une relance économique que faut-il penser ? Un pilote d’avion vous le dira, un atterrissage ne s’improvise jamais: c’est un exercice délicat qui se prépare selon des phases millimétrées. Nous en sommes loin. Beaucoup de temps a été perdu et le gouvernement continue de s’enliser!

L’état d’urgence et le couvre-feu  n’ont pas été correctement mis à profit. Cette période de calme aurait dû permettre de préparer cette reprise des activités. Elle n’a en réalité servi qu’à pallier les carences publiques et non à préparer une offensive. S’ajoute à cette impréparation initiale, une inquiétante improvisation de mise en œuvre. 

La reprise des activités a été annoncée unilatéralement par le Président, visiblement sans concertation gouvernementale. Envasés dans des arrêtés et communiqués,  le ministre de la santé, le ministre de l’intérieur, le ministre du développement communautaire et le ministre des transports, pâles commentateurs d’une situation qui les dépasse, ne parvinrent qu’à aligner les imprécisions, les constats résignés, une vision brouillonne tout cela sur fond de laborieuses et vaines autojustifications !

A l’heure même où la rapidité d’exécution exige une participation civile et administrative entière dans la rigueur d’une vision solide, ces flottements sont de mauvais augures. L’incapacité à hiérarchiser, à définir la voie dans l’épreuve, à passer des consignes claires démontrent peut-être même une inaptitude plus large au commandement. C’est une triste réalité en règle générale. C’est, pour le Sénégal, d’une triste actualité. 

Baba DIAKHATE                                                                        
Juriste/Chercheur en Environnement                                                                                 
Agrobiotek Ingenierie Lyon

 

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