Le cinéma autrichien, une histoire tourmentée, sur Arte


Figure emblématique du cinéma autrichien, le réalisateur Michael Haneke est interrogé à plusieurs reprises dans ce documentaire.
Figure emblématique du cinéma autrichien, le réalisateur Michael Haneke est interrogé à plusieurs reprises dans ce documentaire. ARTE.TV

ARTE – MERCREDI 20 MAI À 22 H 35 – DOCUMENTAIRE

Que de talents et de névroses ! Et quelle richesse cinématographique pour un si petit pays. Depuis un siècle, l’Autriche occupe une place à part sur la scène du cinéma mondial et ce documentaire retrace cette histoire complexe. Un cinéma qui aime mêler nostalgie, violence et ironie. Comme le résume Stefan Ruzowitzky, célèbre réalisateur, auteur notamment d’un long-métrage oscarisé (Les Faussaires en 2007) : « Ce qui est typiquement autrichien, par rapport au cinéma allemand par exemple, c’est que nous n’hésitons pas à mélanger les genres. Nous sommes moins rigides que nos voisins ! Nous mêlons l’horreur et la comédie sans problème. »

Il y a un siècle, lorsque disparaît l’Empire austro-hongrois, Vienne devient un petit Hollywood. Des studios, des films, des stars apparaissent. Le premier grand succès date de 1922 avec le drame muet Sodome et Gomorrhe, de Mihaly Kertesz (qui deviendra Michael Curtiz à Hollywood). Deux ans plus tard apparaît sur les écrans viennois le premier film de la jeune histoire du cinéma mondial à dénoncer l’antisémitisme. Signé Hans Karl Breslauer, La Ville sans juifs connaît le succès mais provoque aussi de nombreux incidents : des militants antisémites jettent des bombes puantes dans les salles où il est projeté.

« Briser les clichés »

Grande star à partir des années 1930, l’actrice viennoise Paula Wessely poursuivra sa carrière sous le nazisme, jouant notamment dans le film de propagande Heimkehr en 1941. Cela lui vaudra quelques ennuis en 1945 mais ne l’empêchera pas de reprendre sa carrière en 1948. Interrogé à plusieurs reprises dans ce documentaire, Michael Haneke, figure emblématique du cinéma autrichien, se penche sur l’identité de son pays : « C’est bien souvent notre lâcheté qui nous amène à créer certaines choses ! Le mal est une funeste tradition en Autriche. »

Depuis les années 1970, d’excellents acteurs (Klaus Maria Brandauer, Christopher Waltz pour ne citer qu’eux) et réalisateurs talentueux (d’Ulrich Seidl à Michael Haneke en passant par Ruth Beckermann, Jessica Hausner et le regretté Axel Corti) ont fait du cinéma autrichien une force reconnue dans le monde. Grâce aux subventions publiques qui permettent d’alléger les pressions commerciales, les réalisateurs locaux osent s’attaquer à des sujets difficiles. « Le cinéma autrichien d’aujourd’hui se donne pour mission de briser les clichés et de regarder derrière les façades », résume un témoin.

Cinema Austria : les 112 premières années, documentaire de Frederick Baker (Aut., 2019, 55 min). Disponible sur Arte.tv jusqu’au 18 juin.

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