Attention à ces photos détournées illustrant les dangers du gel hydroalcoolique


L’utilisation d’une solution hydroalcoolique dans la lutte contre la propagation de l’épidémie de Covid-19 est essentielle. Dans le monde entier, les autorités sanitaires recommandent de se désinfecter les mains avec ce produit en cas d’absence de point d’eau à proximité. Plusieurs internautes ont cependant émis des avertissements sur le danger que peuvent représenter ces nettoyants composés d’alcool.

Ce que dit la rumeur

Dans une première publication, il est conseillé de ne pas approcher d’un four après avoir badigeonné ses mains d’une solution hydroalcoolique :

« Urgent. Faites attention ne vous approchez pas des fours une fois que vous avez utilisé le gel hydroalcoolique. Utilisez du savon de Marseille à la maison. »

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Une autre image a également été très partagée en ligne. On aperçoit une portière intérieure de voiture en partie brûlée et dont l’habitacle a fondu. Là encore, les internautes qui partagent cette image mettent en garde contre les dangers des gels hydroalcooliques :

« Ceci pour vous rappeler le danger que peut induire l’oubli de votre flacon de gel hydroalcoolique dans votre véhicule en ces temps de chaleur, un produit extrêmement inflammable. Pensez à le garder dans votre poche et surtout à faire passer le message autour de vous. »

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POURQUOI C’EST FAUX

Ces deux images ont été détournées. La main enflée avec de grosses ampoules n’est pas le résultat de l’usage de gel hydroalcoolique à proximité d’un four. L’image d’origine a été publiée en 2016 sur le site canadien Mesdemoiselles Survie, qui propose des formations en premiers soins et prodigue des conseils en cas de brûlures, comme l’a repéré Hoax-net. Cette image montre une main brûlée au deuxième et troisième degré après un accident causé par une casserole d’eau bouillante :

« Marie-Michèle (…) a fait chauffer de l’eau dans une casserole. Une fois l’eau bouillante, elle a transvidé l’eau dans une tasse qu’elle tenait dans l’autre main pour se préparer une tisane. Par mégarde, l’eau n’a pas atteint la tasse mais bien sa main. (…) Marie Michèle ne sent plus le bout de ses doigts car ils ont été brûlés au 3e degré, signifiant que ses terminaisons nerveuses ont été endommagées. »

Quant à la photographie montrant une voiture laissée en plein soleil, et censée être ravagée par la combustion de gel hydroalcoolique, elle n’a probablement pas été prise en France. Difficile de remonter la source de sa publication, mais elle a été partagée en avril par plusieurs internautes brésiliens.

L’un des principaux journaux au Brésil, Estadao, a publié un article, le 28 avril, pour vérifier cette assertion. Le professeur Reinaldo Bazito de l’Institut de chimie de l’université de São Paulo a assuré que l’alcool présent dans les gels avait peu de chance de s’enflammer spontanément dans un véhicule. Dans ces solutions antibactériennes désinfectantes, on retrouve généralement de l’alcool à 70 %, comme de l’éthanol. Il s’agit certes d’un produit inflammable, mais comme l’a précisé l’universitaire brésilien « pour que l’alcool démarre une combustion spontanée sans la présence d’une source inflammable, il faudrait atteindre une température de 363 oC ». Et le Pr Bazito de conclure :

« Dans une voiture fermée, au soleil, il est impossible d’atteindre des températures aussi élevées. L’alcool pourrait certes générer des vapeurs inflammables mais une source d’allumage externe comme une étincelle ou une flamme serait nécessaire pour démarrer une combustion. »

Il est donc très peu probable qu’un flacon de gel hydroalcoolique laissé dans une voiture exposée au soleil puisse avoir provoqué une combustion spontanée.

Le professeur de chimie brésilien a toutefois recommandé de manier ce produit avec prudence : « Il est plus dangereux d’utiliser du gel dans vos mains à la maison près d’un four allumé, que de le laisser dans une voiture. »

Dans un rapport « relatif à l’innocuité des produits hydroalcooliques (PHA) à base d’éthanol » publié en 2011, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) recommandait « de conserver le récipient bien fermé, à l’écart de toute flamme ou source d’étincelles ou de chaleur ».

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