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LE 5 MAI 2015: La communauté mouride se souvient de Cheikh Abdoulahi Mbacké Borom Deur Bi

LE 5 MAI 2015: La communauté mouride se souvient de Cheikh Abdoulahi Mbacké Borom Deur Bi

2372481337_1Disparu il ya aujourd’hui prés de 50 ans, Serigne Abdoulahi Mbacké reste encore un modèle de vie exceptionnelle et une source d’inspiration intarissable pour tous ceux qui l’ont connu. Nanti d’une foi insondable et d’un sens élevé de l’action, cet illustre fils de Khadimou Rassoul était en substance une synthèse vivante des valeurs qui fondent le mouridisme. En ce troisième millénaire, celui de tous les périls, de toutes les menaces et des déviances en tout genre, Cheikh Abdou fait partie des saintes créatures dont l’évocation de la vie aura indiscutablement valeur de repère et de refuge pour le salut des générations actuelles et futures.
Dans les années cinquante, cette grande figure de l’histoire sinon ignorée du moins mal connu du grand public fut un pionnier à tout point de vue.
Sa naissance et ses origines Fils de Cheikh Ahmadou Bamba, chantre et Serviteur du Prophète et de Sokhna Fatma Al Koubra, Borom DeurBi, de son vrai nom Cheikh Abdoulahi naquit un jour de Shahban de l’an 1327H à Darou Rahmane communément appelé Thiéyène Djolof. A l’occasion de sa naissance, son vénéré père écrivit un poème intitulé Minal Hakhi « la vérité est apparue en provenance de la Vérité (Dieu) », faisant ainsi allusion au Saint Coran. Du coup, annonçait-il la venue au monde d’un saint qui regroupera toutes les vertus du Saint Coran et dont l’existence sera synonyme de prospérité et de verdure.
« C’est par lui que nous nous sommes séparés des ennemis, du doute et de l’épreuve. Et c’est par lui qu’on nous a donné la verdure après la disparition de la disette. »
Sa formation: Comme tous les fils du Cheikh, il fréquenta très tôt l’école coranique. En effet suite à la mise en résidence surveillée à Diourbel de son père, il fut confié à Serigne Ndame Abdou Rahmane Lo. Après son séjour à Daroul Halomoul Khabir, il passa par des érudits comme Serigne Mbacké Kanni Bousso, Serigne Afiya Mbacké et Mame Thierno Ibra Faty Mbacké pour parfaire son apprentissage des sciences religieuses. Doté d’une intelligence extraordinaire et d’une mémoire très féconde, il paracheva ce beau cursus en désaltérant sa soif auprès de l’océan du savoir : Khadimou Rassoul. Cette période passée à coté de son père fut très fructueuse. Tous les fondements et principes du soufisme khadimien furent inculqués à Cheikh Abdou. En déphasage avec les convictions de son époque, il a mieux que quiconque mis en valeur la pensée de son père. Se basant sur la célébrissime tradition du Prophète (PSL) qui dit : « travaille pour la vie mondaine comme si tu ne devais jamais mourir et travaille pour la vie future comme si tu devais mourir demain », il avait réussi une parfaite symbiose entre le spirituel et le temporel.
Son œuvre « La terre recèle une fortune incalculable à la disposition de tout mortel qui veut s’en donner la peine ». Tels sont les propos de Borom DeurBi. Par ailleurs, il précisait « avec un peu de patience et une bonne organisation, Allah fera le reste ». Cette pensée qui, sonne comme la philosophie de toute sa vie, dévoile tout le réalisme et la foi du Cheikh.
En effet, en 1930, à l’âge de 22 ans, il fonda le village de Darou Rahmane (qui a le même nom que son lieu de naissance) à cinq kilomètres au sud de Touba. En 1941, entouré de quelques disciples, il posa les premiers jalons de ce qui sera son image de marque le plus populaire : « DeurBi » (signifiant le verger ou le jardin en français).
Parti presque de rien, il métamorphosa en un laps de temps (trois ans) une savane en un véritable oasis. A l’époque, le site où ne poussaient que des arbustes était peuplé uniquement de bêtes sauvages. En coupant quelques arbres et en vendant le bois au marché de Mbacké Baol on achetait, avec les recettes, des pelles, des pioches et des piques pour débroussailler et niveler les terres à exploiter. En parfaite connaissance de ses hommes, Cheikh Abdoulahi divisa son effectif en différentes sections allant de l’administration à la vente en passant par la manutention et l’intendance sans compter ceux qui étaient chargés de la sélection des semences et des cultures. Le Cheikh quant à lui était chargé du bureau d’étude et de la coordination.
Sans la vigilance et l’abnégation de Borom DeurBi, les premières années à Darou Rahmane auraient été une véritable période de soudure. Mais Serigne Abdou avec sa grande générosité, offrait à tous ces collaborateurs et à leur famille entière, logement et nourriture, leur donnait des vêtements et acquittait leurs impôts. Aussi, il les soignait lui-même lorsqu’ils étaient souffrants, en un mot, il leur donnait tout le nécessaire pour les éloigner de tout souci d’ordre moral ou matériel.
Au début, avec un grand scepticisme du à la nature des sols et au manque d’organisation déplorable chez les autochtones, les gens pensaient que l’initiative de Serigne Abdou était vouée à l’échec. Mais déjà, avant la fin de l’année 1941, les populations de Mbacké Baol ont vu leurs marchés inondés de salade, de tomates, de radis et de choux en provenance de Darou Rahmane. Quelques temps après, haricots verts, carottes, aubergines, betteraves, feuilles de menthe, piment, navets, persils, céleris, épinards et concombres firent leur apparition. En l’espace de quelques années, toutes les techniques modernes de jardinage et d’irrigation puisées des livres de botaniques par le Cheikh furent appliquées. De l’arboriculture à la riziculture en passant par la pisciculture, le verger de Darou Rahmane, en véritable eldorado, était devenu, avec son microclimat paradisiaque, un vrai régal pour les yeux. Foisonnant de fruits tels que mangues, pamplemousses, papayes, mandarines, citrons, goyaves, raisins, bananes, sapotilles, fraises, ananas, cocos et dattes, pour ne citer que ceux la, Darou Rahmane était devenu le lieu de prédilection des pique-niqueurs libano-syriens. Tout le travail était entrecoupé de séances de prières et de lecture du saint Coran. Et Serigne Abdoulahi ne cessait de répéter : « Et pour celui qui craint de comparaitre devant son Seigneur, il y aura deux jardins ». (s55, v46)
En 1957, la production quotidienne en fruits et légumes s’estimait en centaines de tonnes et était acheminée par train et camions vers les régions de Diourbel, Thiés et Cap-Vert. Prés de 500 disciples bénéficiant de nombreux avantages sociaux étaient appointés dans le verger.
Doté d’une foi inébranlable et d’une passion innée du travail, l avait fait imprimer une pancarte en arabe et français sur laquelle on pouvait lire : « Consacrez-vous à Dieu et à son Prophète…. mais travaillez ! »
Ses vertus et qualités :
Homme de Dieu avant tout, Cheikh Abdou s’évertuait à ce que l’Islam fut purifié de toute pratique païenne. Dans ses sermons, il n’arrêtait de s’attaquer aux us et coutumes fétichistes adoptés par les musulmans.
Par sa modestie inégalable, il qualifiait toujours de normales même ses réalisations les plus inhabituelles. Pour lui, les miracles sont des solutions de derniers recours. Son affabilité et sa générosité étaient à fleur de peau. Homme d’ouverture, il était d’une culture extrêmement vaste ; la revue arabe intitulée Al Hayat le comptait parmi ses abonnés. La fertilité de son imagination et sa perspicacité avait de lui un conseiller de premier rang pour tous ses pairs. Son opinion était toujours tenue en compte dans toute prise de décision majeure concernant le mouridisme. Il était d’une dignité et d’une austérité rarissimes.
En effet lorsque le ministre français Longchambon lui rendit visite à Darou Rahmane et lui proposa une aide financière très substantielle, le Cheikh le remercia chaleureusement pour son geste. Mais pour autant, sa réponse retentit comme une leçon de noblesse pour toute l’humanité : « considérez que j’ai accepté cette aide mais donnez l’argent à d’autres qui en ont davantage besoin que moi ».
La bonté de son cœur, l’adoration dans la sincérité et la méthode dans le travail ont été une constante dans la vie de Cheikh Abdou qui donnait une image fort séduisante à la religion musulmane.
Sa conduite, toute sa vie durant, a été dictée par ce verset coranique : « Et recherche à travers ce qu’Allah t’a donné, la Demeure dernière. Et n’oublie pas ta part en cette vie. Et sois bienfaisant comme Allah l’a été envers toi. » (S 28, v 77)
Ses relations avec ses contemporains en général et avec la famille de Cheikh Ahmadou Bamba en particulier ont toujours été au bout fixe. Ainsi, trouve-t-on ses homonymes dans toutes les demeures de ses frères.
La ressemblance avec son père était éblouissante. Et le célèbre poète mouride, Cheikh Moussa Ka le confirme : « Ils avaient les mêmes traits physiques, la même démarche, la même façon d’agir et de parler. Ils avaient même, la même manière de sourire. En un mot Cheikh Abdou était la copie conforme de son père Khadimou Rassoul ».
Sa disparition :
Le vendredi 15 janvier 1960 coïncidant avec un 15 du mois de Rajab, à Darou Rahmane, laissant derrière lui, une famille très jeune et des talibés dans le désarroi, Cheikh Abdou quitta ce bas monde pour aller rejoindre son père dans son deuxième jardin, celui des délices éternels. Il fut inhumé à Touba dans l’enceinte même des cimetières, comme le fut son ami et frère Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké. Pour l’éternité, leurs mausolées sont séparés de quelques mètres seulement.
Depuis cette disparition, c’est son fils ainé Serigne Cheikh Ahmadou Mbacké qui assure de fort belle manière son khalifat, regroupant derrière lui ses frères. En suivant la voie tracée par son père, il a fait de son crédo, la foi en son seigneur et le travail bien organisé.

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