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La Vie de Cheikh Mouhamadou Lamine Bara Ibn Khadimou Rassoul (1891 – 1936)

La Vie de Cheikh Mouhamadou Lamine Bara Ibn Khadimou Rassoul (1891 – 1936)

SA JEUNESSE 
320463914_smallCheikh Mouhamadou Lamine Bara est né le 28 Jumada I de l’an 1309 de l’Hégire, correspondant au 29 décembre 1891, dans le village de Touba que venait tout juste de fonder son père, ce qui fait de lui le seul fils de Cheikh Ahmadou Bamba qui naquit en ce lieu. Sa mère, Sokhna Aminata Lô, est une descendante de l’illustre Serigne Mukhtar Ndoumbé fondateur du village de Coki et appartient à une très ancienne lignée réputée pour l’excellence et la piété de ses savants. Son frère germain, Cheikh Mouhamadou Moustapha (1888-1945), fut le fils aîné et premier calife de Cheikh Ahmadou Bamba dont il assura la relève de 1927 à 1945, années au cours desquelles il accomplit une œuvre considérable pour l’unité et l’organisation de la communauté mouride à travers, notamment, l’édification de la grande mosquée de Touba et l’acheminement du chemin de fer à partir de Diourbel. L’histoire rapporte, qu’à la suite d’une révélation du Serviteur du Prophète pour laquelle elle consentit au sacrifice de sa vie, Sokhna Aminata Lô disparut six mois après la naissance de Cheikh Mouhamadou Lamine qui fut ainsi confié à Sokhna Awa Bousso, mère de Cheikh Mouhamadou Fadl. Ces premières années de jeunesse passées ensemble allaient durablement marquer les fortes relations que Cheikh Mouhamadou Lamine entretint toute sa vie avec son frère et ami, Serigne Fallou.
SES ETUDES 
Serigne Bara entama ses études coraniques avec le pieux précepteur des enfants du Cheikh, Serigne Ndame Abdou Rahmane Lô à qui il fut confié. Il poursuivra plus tard ses études religieuses chez son oncle Mame Thierno Ibra Faty puis avec d’autres maîtres tels Serigne Ibra Binta Sylla et Serigne Mbaye Diakhaté.
Il est rapporté que les débuts de ses études furent assez malaisés dues à ses difficultés d’audition qui ne l’empêchèrent toutefois point d’achever ses études et d’acquérir un étonnant degré de connaissance pour lequel il exprima sa reconnaissance à DIEU à travers ces vers : « Ô SEIGNEUR, Toi le Meilleur Guide ! Tu m’as accordé la Bonne Guidée, as assuré mon instruction et mon éducation, Ô Toi qui m’abreuvas avec les Calices de la Pureté ! Ô SEIGNEUR ! Tu m’as gratifié d’une Science émanant de Toi me préservant des maux et du doute. Tu demeures assurément Celui qui accorde les Bienfaits avant que l’on t’en fasse la demande, qui gratifie gracieusement de Ton Agrément et manifeste Tes Merveilles en rendant aisé ce qui est malaisé… » En fait, la réelle personnalité de Serigne Bara se trouve fort différente de l’image populaire de thaumaturge (faiseur de miracles) irascible qui lui est ordinairement attribué. Tous ses proches témoignent, au contraire, de sa douceur, de sa générosité, de ses belles qualités, de son attachement à l’adoration de DIEU, de son ascèse, de son aversion pour les futilités et les transgressions, de son humanité, de sa vaste culture, de sa crainte révérencielle, de son amour pour le Messager de DIEU (PSL) et pour le Serviteur du Prophète ; vertus qu’ont démontrées aussi bien ses actes que ses nombreux écrits…
SES ÉCRITS 
On peut en effet affirmer sans risque que Cheikh Mouhamadou Lamine Bara fait partie des écrivains les plus prolifiques de la Mouridiyah et de ceux dont la plume ressemble le plus au style du Cheikh, au point qu’il s’avère souvent très ardu de distinguer leurs poèmes respectifs. Les thèmes les plus courants abordés dans ses écrits portent sur la Louange et la Reconnaissance à DIEU, le panégyrique du Prophète (PSL), l’éloge à Cheikh Ahmadou Bamba, les recommandations aux disciples et l’imploration à DIEU. La plus grande partie de ses nombreuses œuvres furent disséminées entre les provinces du Niambour, du Cayor et du Djolof. L’on peut citer parmi ses poèmes les plus connus : Munawiru-l-Bunyân (L’Illumination des Edifices), Safinatu-l-Abrâr (La Nef des Vertueux), Sahâdatu-l-Akhyâr (La Félicité des Gens Supérieurs), Tibu-l-Fuâd (La Sérénité des Cœurs), Zahabu-l-Ibrîz (L’Or Pur) et bien d’autres poèmes…
SA SOUMISSION A SON SEIGNEUR 
Dans les ouvrages composés par Cheikh Mouhamadou Lamine, l’on trouvera des éléments mettant en évidence sa parfaite soumission et son espérance envers le CREATEUR, de même que son infinie gratitude pour les innombrables Bienfaits dont Il l’a gratifiés, ainsi qu’il l’exprima à travers ces vers : « Je me soumets entièrement au CREATEUR, Lui qui m’a accordé la Connaissance et gratifié de Faveurs revenant aux Hommes Emérites. Je rends grâce à DIEU qui accorde la Grâce et l’honorabilité et invoque le Salut sur le Prophète Elu aux Vertus Eminentes. Mon cœur ne cesse de rendre grâce à mon SEIGNEUR à l’instar de ma langue ne cessant de Le mentionner en tout temps… »
SON ATTACHEMENT AU PROPHETE (PSL)
L’amour et la considération de Cheikh Mouhamadou Lamine Bara envers la Meilleure Créature peuvent être attestés par ces vers-ci : « Mon honneur est de demeurer au Service du Prophète en tout temps et jamais, par la Permission de DIEU, je ne cesserai de le servir. Muhammad demeure assurément la Plus Noble des créatures et un Bienfait dont le SEIGNEUR nous a gratifié. J’ai fait de toi mon Asile ici-bas comme dans l’Au-delà, ô toi qui accabla les envieux ! »
SON AMOUR POUR CHEIKH AHMADOU BAMBA 
Ayant échangé sa filiation contre le statut de disciple du Serviteur du Prophète, Cheikh Mouhamadou Lamine lui consacra un grand nombre d’écrits démontrant la place de choix et le degré inégalé auxquels il le tenait : « Je me suis totalement soumis à l’ETERNEL tout en confiant mes affaires au Serviteur du Prophète qui ne manque jamais d’honorer son disciple. Le Cheikh n’a assurément point d’égal et quiconque lui rend visite obtiendra l’absolution… » Aussi lorsque le Cheikh rejoint son ultime demeure à Touba, écrivit-il à sa gloire cet excellent poème resté mémorable: « Ô terre de Touba ! Réjouis-toi de la Grâce qui te fut accordée le jour où tu reçus le Cheikh, cette Faveur que n’a obtenue aucun autre terroir. Il constitue le Serviteur du Prophète qui préserva ses disciples de la machination de Satan de sorte qu’ils accédèrent à leurs vœux … » Il fut également rapporté que, durant la période de coexistence avec son père et maître, Cheikh Mouhamadou Lamine écrivit de sa main près de 25 copies du Saint Livre qu’il remit au Serviteur du Prophète en même temps qu’une quantité considérable de dons pieux…
SES RAPPORTS AVEC SES FRÈRES ET SŒURS 
Ses belles qualités, son attachement aux relations humaines et son sens de la famille constituent assurément des éléments importants ayant favorisé l’entente et la nature des liens amicaux que Serigne Bara entretint toute sa vie durant avec l’ensemble de ses frères et sœurs en DIEU et par le sang. Ceux-ci, selon les témoignages de ses proches-mêmes, éprouvaient également une affection envers lui qui n’avait d’égale que l’excellence de leurs vertus propres.
SA MÉTHODE D’ÉDUCATION 
Cheikh Mouhamadou Lamine était très attaché aux valeurs enseignées par le Serviteur du Prophète à ses disciples : la quête de la science, l’adoration de DIEU, la conformité aux règles de bonnes conduites (adab) et l’amour du travail. Il implanta ainsi un grand nombre de daaras dans les différents villages qu’il fonda : Mbacké Cayor dont il hérita, Mbacké Ndiock, Khabane près de MBour, Khélléré, Mbarakhane près de Louga, Gouye Mbind à Touba… D’éminentes figures de la Mouridiyah, faisant partie de ses disciples, émanèrent de ces écoles telles Serigne Niane Diop à Touba, Serigne Modou Diara Guèye à Khawlou, Serigne Assane Guèye Diagne à Coki, Serigne Macodou Kassé, Serigne Mama Ndiaye et bien d’autres. Dans sa méthodologie éducationnelle, Cheikh Mouhamadou Lamine privilégiait l’acquisition de la connaissance et sa mise en pratique pour l’amour exclusif de DIEU, ce qui lui fit dire : « Les trois valeurs que sont la quête de la science, les bonnes actions et la Crainte de DIEU sont les plus bénéfiques auxquelles un homme puisse se consacrer. Ce dont nous nous honorons est la Crainte de DIEU et la Science, mais nullement une auguste ascendance ou la richesse… » En analysant les préceptes en matière d’éducation constamment affirmés par Cheikh Mouhamadou Lamine à travers ses écrits, l’on peut aisément réaliser qu’il adopta la méthode d’éducation (tarbiya) revivifiée par Cheikh Ahmadou Bamba, méthode qui accorde une place centrale à la science et à sa mise en pratique dans l’adoration de DIEU. Relativement à l’éducation des enfants, Cheikh Mouhamadou Lamine écrivit : « Ô vous mes Frères Musulmans, sachez qu’éduquer un enfant ne consiste pas uniquement à lui assurer une simple instruction livresque. Tout parent doit s’évertuer à cultiver en son enfant l’Amour du Coran et celui du Prophète, le Parfait Modèle, et lui inculquer des qualités telles que la générosité, la clémence et le sens des liens de parenté. Il doit également combattre en lui les défauts comme l’envie, l’hypocrisie et le mensonge. Sachez qu’on éduque un enfant par l’exemple, aussi les parents doivent-ils s’efforcer d’être de bons modèles et éviter de se tirailler devant lui… » Cheikh Mouhamadou Lamine désapprouvait fortement la mentalité sociale poussant souvent ses contemporains à négliger l’éducation des filles : « Ô vous mes Frères Musulmans, cessez de négliger l’éducation de vos filles car vous ne savez pas lequel de vos enfants vous sera le plus profitable. Ne vous comportez pas comme les ignorants que le Coran décrie en ces termes : ‘Lorsqu’on leur annonce la nouvelle de la naissance d’une fille, leurs visages se renfrognent de colère…’ Ô vous mes Frères Musulmans, sachez que la négligence de sa progéniture peut engendrer des séquelles sur leur comportement futur… » L’on peut ainsi raisonnablement penser que la mise en œuvre de telles conceptions fait partie de ce qui permit à ses disciples de préserver l’éducation de leur progéniture contre les tentatives d’aliénation culturelle et d’assimilation entreprises par les colonialistes en cette époque, par le biais notamment de l’école française. Aussi Cheikh Mouhamadou Lamine ne cessait-il jamais de rappeler aux disciples mourides la valeur de leur patrimoine spirituel et l’importance de s’attacher aux Recommandations de DIEU et de s’abstenir de commettre Ses Interdits. Ainsi, leur fit-il ces recommandations dans certaines de ses qasidas  « Engage-toi résolument dans la Voie de la Droiture sans jamais te décourager, fais de la Crainte de DIEU et de la détermination absolue ton viatique. Ô toi disciple mouride ! Ne mets jamais tes espérances et ne conçois jamais de crainte qu’envers le SEIGNEUR des hommes, si tu aspires réellement accéder à DIEU » « Ne commets jamais l’erreur de consacrer toute ta vie à amasser les biens de ce monde que tu laisseras un jour à tes héritiers. Si tu réfléchis vraiment et que tes pensées se portent sur les affres de l’agonie, tu consacreras assurément ta vie à autre chose qu’à amasser des biens en ce monde sans réel lendemain. Persévérez dans l’adoration de DIEU et sachez que celui qui refuse d’adorer son SEIGNEUR tombe dans la mécréance » Serigne Bara éprouvait une clémence et une bienveillance infinies envers ses frères musulmans, mansuétude l’ayant poussé à composer un grand nombre de poèmes d’imploration à DIEU dans lesquels il priait le SEIGNEUR de le gratifier de Ses Dons et d’assurer Sa Grâce à tous les Croyants. « Ô SEIGNEUR ! Puisses-Tu me dévoiler les Mystères celés et me ranger parmi tes Elus. Bénis les miens et les disciples à mon service, Ô Toi qui m’honora à travers eux ! Répands sur nous Ta Bénédiction, parachève nos affaires et préserve la pureté de notre existence. Consens à exaucer ma prière que voici, Ô Toi qui acquiesces à mes prières ! Ô SEIGNEUR ! Gratifie-moi de la Science que Tu as accordée aux Saints et à Tes Serviteurs nantis de la Pureté et qui Te craignent réellement. Accorde moi la faculté de repousser le mal au point d’être un rempart contre les maux. Puisses-Tu protéger et faire grâce à tous les musulmans et musulmanes, ô Toi le CLÉMENT ! Accorde l’absolution à mes Maîtres de même qu’à ma mère. Ô mon MAITRE ! Garantis-nous Ton Assistance Infaillible et Ton Aide à mon père, notre Guide qui surpasse tous les vertueux. Ô MAITRE de la Création ! Puisses-Tu assurer Ta Grâce à l’ensemble de la Communauté musulmane de sorte qu’elle soit préservée des maux. Aie pitié de tous les musulmans et musulmanes, ô SEIGNEUR ! »
SA DISPARITION 
Cheikh Mouhamadou Lamine disparut le 1er jour du mois de Zul-Hijja, correspondant au 18 juin 1936, à l’age de 45 ans, à Mbacké Cayor, neuf années seulement après la disparition de Cheikh Ahmadou Bamba et fut inhumé à Touba. Cette disparition causa une grande douleur chez ses proches, surtout chez ses frères et sœurs. C’est ainsi que Serigne Ahmadou Sakhir (père de Feu Serigne Sam Mbaye) qui comptait parmi ses relations, lui consacra une élégie dans laquelle il disait:  » Le rappel à DIEU de Cheikh Muhammadu-l-Amîn nous a tous attristés ; puisse le Pardon Divin et la Félicité lui tenir compagnie pour l’éternité… « 

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