Uncategorized

François Léotard, l’amnésique de la République


Edouard Balladur et l’ancien ministre de la défense François Léotard témoignent dans l’affaire Karachi le 19 janvier à Paris.

François Léotard a la mémoire qui flanche. Que lui a-t-on dit ? Quel était son degré d’information ? Quel était son avis ? L’ancien ministre de la défense, 78 ans, ne se souvient plus très bien de « l’épicerie » de ces marchés colossaux d’armement des années 1990, dont les rétrocommissions illégales auraient servi à financer la vie politique.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Edouard Balladur, François Léotard, les rétrocommissions et le conditionnel : devant la Cour de justice de la République, le décor est posé dans l’affaire Karachi

« Le problème de ce procès, M. le président, c’est que tout le monde est mort. » Mercredi 21 janvier, au troisième jour d’audience, et en l’absence d’Edouard Balladur, le président de la Cour de justice de la République (CJR), Dominique Pauthe, n’obtient pas de réponse précise du prévenu, pourtant bien vivant.

Il a changé de lecture, un livre de la Blanche de Gallimard retourné sur sa table, et tient à la main un mouchoir rouge qui ressemble à une serviette de restaurant. Mais alors, cette note de la Direction générale de l’armement (DGA) qui s’alarme des garanties financières sur le contrat Agosta – des sous-marins vendus au Pakistan pour 5,4 milliards de francs –, ne lui dit vraiment rien. « Vous me posez une colle, M. le président. Si on m’avait signalé quelque chose d’illégal, je n’aurai pas poursuivi cette démarche. J’ai toujours pensé que c’était régulier. »

La confiance post-mortem

Les commissions très grasses versées aux intermédiaires (Ziad Takieddine et le « réseau K »), à un rythme plus soutenu que les versements du client, pratique très inhabituelle, qu’en pense-t-il ? « Je faisais confiance à mes collaborateurs. Je n’ai aucune raison de mettre en doute ce que faisait M. Douffiagues [PDG de la Sofresa, organisme chargé des ventes d’armes, disparu en 2011]. Je lui fais confiance post-mortem. » Ah, la confiance post-mortem…

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Affaire de Karachi : la complainte d’Edouard Balladur

Et les notes inquiètes du ministère de l’économie sur les risques financiers du contrat ? « J’ai toujours eu confiance dans les notes des agents du ministère des finances. » Il se mouche dans sa serviette rouge. « Ces contrats ont rapporté de l’argent à la France. Les risques, oui, c’est comme ça. Il y a sans arrêt des abus de biens sociaux dans l’histoire économique de la France. On enlève des œuvres au Louvre pour les mettre à Abou Dhabi. Tout cela m’échappe. » Quel est le rapport ?

Impavide et courtois, le président Pauthe continue ses questions techniques et logiques pour tenter de comprendre comment l’ancien ministre de la défense a agi. « En 1995, excusez-moi de vous le dire, j’étais totalement engagé auprès d’Edouard Balladur dans la campagne, c’était le cadet de mes soucis ces contrats. »

Il vous reste 29.28% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.