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« Le recours aux néonicotinoïdes sous prétexte de sauver la betterave est une erreur fondamentale »


Tribune. « La question qui est face à nous, c’est une question de souveraineté. » Il ne s’agit pas de la souveraineté sur des médicaments essentiels, mais de la souveraineté sur la betterave sucrière. Et cette proclamation, dans une interview le 7 octobre sur Europe 1, n’était pas de Marine Le Pen, mais de Julien Denormandie, ministre de l’agriculture et de l’alimentation, issu du parti du président de la République. Elle s’inscrivait dans la discussion à l’Assemblée nationale du projet de loi permettant la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes pour sauver la filière betterave [qui doit être examiné par le Sénat le 27 octobre en première lecture].

Il s’agit donc de sauver une filière qui produit, plutôt médiocrement, un aliment dont notre consommation excessive, celle des enfants en particulier, est un problème sérieux de santé publique. Et pour y parvenir, il serait indispensable de remettre en service une famille de pesticides qui a été interdite parce qu’elle est particulièrement nocive pour la santé publique et la biodiversité, c’est-à-dire la diversité et l’abondance d’êtres vivants, animaux et végétaux.

Deuxième pollueur au monde

En vérité, le recours aux néonicotinoïdes est une manifestation extrême de la dérive d’une forme d’agriculture qui a substitué la chimie à la fertilité des sols, à l’alliance avec la biodiversité et à la variété des compétences des agriculteurs. Cette agriculture, deuxième pollueur au monde – les sols, l’eau, la biodiversité, le climat – derrière la production et la consommation de combustibles fossiles, contribue significativement à une marche accélérée vers une planète inhospitalière.

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De tout cela, quelle vision peut avoir le président de la République ? Il a manifestement une intelligence pénétrante des rouages de l’économie dans laquelle nous vivons depuis un demi-siècle. Il en assure la sauvegarde dans des conditions difficiles à travers la crise que nous vivons actuellement. C’est de très grande importance, mais ce n’est pas l’essentiel.

Le recours aux néonicotinoïdes est une manifestation extrême de la dérive d’une agriculture qui a substitué la chimie à la fertilité des sols, à l’alliance avec la biodiversité et à la variété des compétences des agriculteurs

L’essentiel, c’est de conduire, avec une vision claire, opérationnelle et déterminée, la transition économique, sociale et écologique qui nous donnerait une chance d’infléchir la marche vers une planète inhospitalière. A-t-il cette vision ? Je n’arrive plus à m’en persuader.

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