Economie

Chez l’anémone de mer, plus de chocolat, plus de bras


L’ anémone de mer (« Nematostella  vectensis »).

C’est un piège dans lequel tombent la plupart des enfants et pas mal d’adultes : non, l’anémone de mer n’est pas une plante aquatique, mais bien un animal, comme ses cousins les coraux ou encore les méduses. Si un lecteur du Monde devait se trouver parmi eux, cette chronique devrait le consoler. En effet, les points communs entre ce représentant de l’ordre des cnidaires et les végétaux dépassent sa seule dénomination et son apparence florale. Une étude, publiée dans la revue Nature Communications, mercredi 2 septembre, vient de montrer que, chez lui, le nombre de tentacules développés dépendait de la quantité d’alimentation absorbée.

Une bizarrerie, assurément. Chez les humains, comme chez tous les autres mammifères, le nombre de pattes dépend du seul code génétique. Il en va de même des nageoires des poissons ou des ailes des insectes. Manger de la soupe, avaler du plancton ou butiner du nectar peut bien faire grandir, mais pas faire gagner un membre. Au contraire, les végétaux répondent à un surcroît alimentaire par la poussée de nouvelles branches ou l’apparition de bourgeons. Or, si les chercheurs savaient depuis longtemps que le nombre de tentacules des anémones était variable, de douze à dix-huit, et même exceptionnellement vingt-quatre chez les adultes, ils en ignoraient l’origine. Au terme de plusieurs années de recherche, l’équipe d’Aissam Ikmi, du laboratoire européen de biologie moléculaire d’Heidelberg (Allemagne), a levé le mystère : « Ce nombre est contrôlé par les apports alimentaires, ce qui montre que les changements morphologiques chez l’anémone de mer reproduisent le comportement des plantes », souligne le biologiste.

Avant de tirer une telle conclusion, le chercheur marocain, passé par la France et les Etats-Unis, s’est d’abord employé à décrire l’apparition des fameux bras. Pour cela, lui et ses collègues de l’université du Kansas ont suivi le développement de plus de mille anémones étoilées (Nematostella vectensis). Avec une première phase larvaire, au cours de laquelle apparaissent les quatre premiers tentacules. Puis trois autres, à l’âge adulte, qui voient chacune pousser encore quatre nouveaux bras.

Marqueurs spécifiques

Sauf que, hormis leur nombre, ces phases apparaissent toutes différentes. Si la première présente une belle symétrie radiale, les deux suivantes n’offrent plus que des symétries axiales, et la dernière plus de symétrie du tout. Surtout, alors que les quatre premiers tentacules poussent quoi qu’il arrive, les suivants dépendent de l’alimentation. Que l’animal manque de nutriment, et le bourgeonnement des nouveaux bras s’interrompt.

Il vous reste 33.49% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.