Economie

En Espagne, le Covid-19 met en lumière les conditions de vie inhumaines des travailleurs agricoles migrants


Un migrant guinéen à l’entrée de sa « chabola  » (cabane), dans un bidonville à Palos de la Frontera (Huelva), le 8 mai.

Ils commencent l’année dans les champs de fraises d’Andalousie, puis partent en Aragon ou en Catalogne pour récolter les pêches et autres fruits à noyau. En août, ces journaliers enchaînent sur les fruits à pépins, poires et pommes. Puis vient la saison des vendanges, un peu partout en Espagne. Enfin, le cycle se termine de nouveau en Andalousie, dans les oliveraies.

Toute l’année, au gré des besoins, ces travailleurs − des migrants majoritairement subsahariens dont un certain nombre sont sans papiers − se déplacent ainsi aux quatre coins de l’Espagne pour prêter main-forte dans les champs. Avec l’espoir d’être embauchés un jour, une semaine, un mois ou davantage, avec de la chance.

Le soir, ils dorment entassés par dizaines dans des chambres minuscules, chez des compatriotes qui leur louent un lit, dans la promiscuité de baraques de chantier mises à disposition par les agriculteurs ou dans des bidonvilles surpeuplés. Certains occupent des usines abandonnées ou des entrepôts désaffectés, sans accès à des conditions d’hygiène minimales. D’autres finissent sur des cartons, dans la rue…

Gymnases et auberges

Ce n’est pas nouveau. D’année en année, les organisations non gouvernementales (ONG) dénoncent la situation. Mais il aura fallu que la pandémie de Covid-19 frappe le royaume et que ces saisonniers précaires se retrouvent à l’origine de dizaines de clusters pour que l’administration prenne au sérieux cette crise humanitaire.

L’Espagne connaît les pires chiffres de contagion d’Europe occidentale. Elle a annoncé, mardi 11 août, une moyenne de près de 3 500 nouveaux cas quotidiens durant les sept derniers jours, soit plus que ceux de la France, du Royaume-uni, de l’Allemagne et de l’Italie réunis. Avec 327 000 cas, le pays est le premier d’Europe, le onzième dans le monde, et devance largement ses voisins avec 95 cas pour 100 000 habitants contre 28 en France, 16 au Royaume-uni, 13 en Allemagne et 7 en Italie. Au 10 août, 32 clusters actifs, représentant près de 600 cas, étaient liés au secteur des fruits et légumes.

La crise sanitaire « a mis en évidence avec toute sa brutalité des problèmes qui demeuraient plus ou moins ignorés depuis longtemps et a fait sauter les coutures du système », a reconnu le Défenseur du peuple, Francisco Fernandez Marugan, exigeant de la part des administrations et des entreprises agricoles qu’elles préservent « le droit du travail et des conditions de logement dignes », alors que l’Espagne est le principal exportateur de fruits et légumes de l’Union européenne.

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