Economie Environnement

Entre le marteau du coronavirus et l’enclume du terrorisme.


Apparue en décembre 2019 en Chine, précisément dans la ville de Wuhan, la maladie à coronavirus est tardivement arrivée en Afrique. Après une « escale » en Europe où il a fait beaucoup de victimes, le nouveau virus a fait son apparition sur le continent africain au mois de février, en Egypte où le premier cas a été déclaré. 

 

L’Afrique de l’Ouest a été infectée en mars. Et aujourd’hui, force est de constater qu’aucun Etat de la région n’a été épargné. Les pays de la Communauté africaine des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) totalisent à la date du 15 juin 2020, 52 560 cas dont 23 676 guéris, 966 décès, donc 27 918 patients sous traitement. 

 

Cette crise sanitaire a tout chamboulé et a été à l’origine du réajustement des politiques publiques, en santé publique mais aussi en sécurité. En instaurant l’état d’urgence sanitaire dans plusieurs pays, les autorités étatiques ont mobilisé les forces de défense et de sécurité pour faire respecter cette mesure d’exception et d’autres impliquant la surveillance des frontières.

 

Des États comme le Mali, le Burkina Faso, le Niger étaient déjà engagés dans un conflit asymétrique contre le terrorisme. Les groupes djihadistes y ont mené des attaques meurtrières, le plus souvent dans la région dite des trois frontières. Les armées des trois pays ont essuyé des pertes conséquentes. Ces assauts répétés ont été revendiqués par la branche sahélienne de la province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (PEIAO), anciennement connue sous l’appellation d’État islamique au Grand Sahara. Les pertes occasionnées ont appelé chez les décideurs une redéfinition d’une stratégie pour freiner l’hémorragie. C’est ainsi qu’à l’occasion du sommet de Pau, tenu en janvier, les Etats du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), avec la France et les partenaires au Développement, ont décidé de concentrer leurs efforts contre ce groupe djihadiste dont la montée en puissance devient de plus en plus inquiétante. 

 

L’apparition du coronavirus a fait croire que ce front serait moins bruyant. Mais que non. C’est même à croire que les djihadistes ont eu comme reflexe de profiter du contexte actuel difficile pour beaucoup d’États africains pour multiplier leurs actions contre les forces de défense et de sécurité, mais également à l’encontre des civils. 

 

Déjà le 08 mars, la veille de la déclaration du premier cas de coronavirus par Ouagadougou, 43 civils sont tués dans les villages peulhs de Dinguila et de Barga, situés dans la commune de Barga, Province du Yatenga. La Covid-19 et les morts qu’elle a occasionnés n’ont pas assagi les djihadistes. Pour dire que les attaques se sont poursuivies dans le nord du Burkina Faso et se sont même déplacées vers l’Est en raison de la pression subie dans le Liptako-Gourma.  Pas plus tard que le 30 mai, le marché de bétail de Kompiembiga, à 15 kilomètres de la ville de Pama, dans l’est du Pays des Hommes intègres. Au cours de cette attaque sanglante, 25 morts ont été dénombrés, tous des civils. Cette attaque est imputée à la franchise de l’État islamique en Afrique de l’Ouest. À travers cet acte, les djihadistes adressent un message clair aux civils impliqués depuis janvier dernier par le gouvernement burkinabè dans la lutte contre le terrorisme. En effet, un corps de volontaires a été créé par le président Roch Marc Christian Kaboré pour appuyer les forces de défense et de sécurité dans la guerre contre les djihadistes. Au même moment, le coronavirus avait déjà tué 53 personnes sur 845 contaminés. 

 

Mais cette crise sanitaire sans précédent n’a pas fait oublier aux autorités burkinabé leur impératif de préserver l’intégrité territoriale. À cette fin, il a été décidé, en parfaite intelligence avec les Ivoiriens, de déloger les jihadistes de Comoé où ils auraient établi leur base. Une opération qui s’est soldée par la mort et l’arrestation de plusieurs djihadistes. C’est sans aucun doute en représailles à cette action combinée d’envergure qu’une attaque a visé dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 juin le poste mixte armée-gendarmerie de la ville ivoirienne de Kafolo, dans la région des Savanes. Au moins douze soldats ont été tués par les assaillants supposés appartenir au Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al Qaida. Le bilan est de loin inférieur à celui du Coronavirus en Côte d’Ivoire qui, à ce jour, n’a déploré que 49 morts pour 5439 porteurs du virus détectés depuis le diagnostic du premier cas le 11 mars.

 

Le Mali à partir duquel s’est « régionalisé » le jihad armé prôné par les groupes djihadistes affiliés à Al Qaida ou à l’Etat islamique n’as pas connu de répit durant l’épidémie. La dernière attaque perpétrée contre les militaires maliens a eu lieu dimanche 14 juin dans la région de Diabaly, dans le Centre, non loin de la frontière avec la Mauritanie. Une douzaine de véhicules de l’armée en patrouille est tombée dans une embuscade qui porterait l’empreinte des hommes du prédicateur Amadou Kouffa, chef de la Katiba Macina, une des factions composant le GSIM. Un bilan officiel déplore la mort de 24 soldats, en sus de 03 portés disparus. Les assaillants ont détruit quatre véhicules des Fama. 

 

Cette embuscade meurtrière vient comme pour rappeler aux autorités maliennes que la guerre contre le terrorisme ne saurait être reléguée au second plan. 

 

Epargné par les groupes jihadistes, le Sénégal qui est pourtant très affecté par le Coronavirus ne veut pas prêter le flanc. En visite dans le sud du pays, le Commissaire divisionnaire Mame Seydou Ndour, Directeur de la Police des airs et des frontières a rappelé à ses hommes qu’ils ne devraient pas perdre de vue que toutes les menaces sont à prendre au sérieux. « C’est vrai que nous sommes dans un contexte de covid-19 qui a tendance à ravir la vedette aux autres menaces, mais il faut savoir que les menaces traditionnelles sont toujours là : le terrorisme, la criminalité transnationale. Toutes les menaces qu’on appelle menaces nouvelles qui ont été reléguées au second plan à cause de la pandémie, continuent d’exister. La pandémie n’a pas empêché aux terroristes de perpétrer des attaques dans les pays voisins, donc le Sénégal n’est pas à l’abri », a prévenu le commissaire Ndour.

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