Economie

la troublante surmortalité des minorités ethniques au Royaume-Uni


Des salariés du NHS, à Londres, le 14 mai.
Des salariés du NHS, à Londres, le 14 mai. JUSTIN TALLIS / AFP

Analyse. La réponse du gouvernement britannique à l’épidémie due au coronavirus fut pour le moins discutable – a minima, bien trop lente. Le bilan officiel des décès en témoigne : presque 38 000 morts au 28 mai, mais plutôt 55 000 si l’on s’en réfère aux « morts en excès » comptabilisés dans le pays depuis le début de l’épidémie. Pour autant, s’il y a un domaine où le Royaume-Uni a brillé, c’est dans la production de statistiques et d’études épidémiologiques.

Abondance des données de terrain, pertinence des échantillons, réactivité : l’existence d’une agence de statistiques nationale indépendante efficace (l’ONS), d’un système hospitalier très centralisé (le NHS) et d’un écosystème académique exceptionnel – Oxford, Cambridge, Imperial College, etc. – explique cette excellence. La tenue de registres par ethnies a aussi permis de mettre en lumière des facteurs de risque difficilement détectables en France, où ces identifications sont interdites.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Dominique Méda : « Les plus forts taux de surmortalité concernent les “travailleurs essentiels” »

Que montrent ces multiples études, de manière difficilement contestable ? Que tous les Britanniques ne sont pas égaux devant la maladie. Le virus a certes touché le cœur du pouvoir, au risque de le déstabiliser fin mars. Le premier ministre, Boris Johnson, a failli en mourir, passant trois jours en soins intensifs et restant éloigné près d’un mois de Downing Street. Manque de précautions ou de chance ? Cet épisode cache une autre réalité. Le Covid-19 a bien davantage tué dans les zones les plus pauvres du pays et chez les « BAME » (« Black, Asian and Minority Ethnic »), populations fournissant de gros contingents de travailleurs essentiels, en première ligne pour maintenir l’activité, que dans les quartiers chics et blancs de la capitale.

Les zones les plus défavorisées davantage touchées

Le 7 mai, l’ONS publiait ainsi des données portant sur les morts en Angleterre et au Pays de Galles entre le 2 mars et le 10 avril. Il en ressortait que, pour une même classe d’âge et un même environnement socio-économique, les hommes et femmes noirs ont encore 1,9 fois plus de risques de mourir du Covid-19 que les Blancs. Le facteur de risque est de 1,8 pour les hommes d’origine bangladaise et pakistanaise, et de 1,6 pour les femmes de ces mêmes origines.

Un constat corroboré par les résultats du projet Opensafely, se basant sur les données médicales de 17 millions de personnes résidant au Royaume-Uni (dont 5 683 sont décédées du Covid-19 dans des hôpitaux entre le 1er février et le 25 avril). Une fois écartés les facteurs de risque tels que l’âge, les maladies cardio-vasculaires, le diabète ou l’obésité, les personnes noires et d’origine asiatique ont encore 60 % à 70 % de risques de mourir en plus que les Blancs.

Il vous reste 57.39% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.