Economie

AMADOU MAKHTAR MBOW 98 ans bien remplis


L’hommage des intellectuels
Amadou Mahtar Mbow fait a partie de ces Sénégalais qui ont marqué l’histoire de leur pays. L’ancien Premier min- istre du Sénégal, Mamadou Lamine Loum a fait un té- moignage éloquent sur l’homme lors des assises nationales. Babacar Touré, journaliste ancien Patron du Groupe Sud et Président du CNRA a lui aussi magnifié ce patriarche. Le Président Mbow a fêté hier ses 98 ans. Les témoignages de Loum et Touré ont été prononcés lors des manifestations qui se sont tenues en 2011, à Dakar dans le cadre de la célébration de ses 90 ans. Morceaux choisis.
amadou mahtar mbow et les assises nationales Par mamadou Lamine Loum
« Rendre compte de la relation entre Amadou Mahtar Mbow et les Assises nationales du Sénégal peut paraître aisé à première vue pour quelqu’un qui l’a côtoyé et fréquenté assidûment pendant la durée et le suivi de celles-ci.
Mais, très vite, l’on perçoit bien qu’il n’est pas si simple de rendre compte de l’action d’un Homme dans le cadre d’un exercice qui poursuit son cours historique.
Quant à l’Homme, qui mieux que lui-même est capable de restituer fidèlement les questionnements et les réflexions mais aussi les appréhensions et les angoisses et, en définitive, les motivations d’un acquiesce- ment franc à la sollicitation unanime des organisations politiques et citoyennes maîtresses d’œuvre des Assises nationales ? Mais, en retour, que n’accepterait-on pas pour participer au chœur des hom- mages qu’élève le présent Col- loque pour célébrer le bel âge de 90 ans révolus atteint par notre Cher Président, celui là même où tous les privilèges vous sont concédés bien volontiers ? Et puisque ce sous- thème a pu être repêché in extremis pour faire partie de Evènement, en dépit de son caractère forcément moins académique, il faut bien l’introduire à votre attention en tenant compte de ce qu’il aurait pu être, il fut un moment du reste, rattaché à d’autres thèmes du Colloque, au vu du caractère générique et global des Assises nationales (histoire de l’Afrique – droits humains –
action pédagogique et scientifique –information et communication).
Retenons tout de même, en guise d’avertissement, que l’in- ter action intime entre le sujet et l’objet rend malaisé l’équilibre entre les parties. Pour bien se comprendre, il suffira de convenir que les développements plus volumineux sur les Assises nationales portent avant la lettre autant d’éclairage sur le guide des dites Assises, Amadou Mahtar MBOW.
L’exercice des Assises nationales du Sénégal a fait couler beaucoup d’encre et de salive à propos de ce qu’elles représentent : un moment de mobilisation (qui passe) ou un temps fort (qui creuse son sil- lon) ? Une rencontre mineure (sans suite) ou une instance majeure (qui compte) ?
L’Homme
Amadou Mahtar Mbow n’était pas en reste de ces supputations : n’avait-il pas perdu la main depuis longtemps ? Sa longue carrière internationale ne l’avait-il pas éloigné des réalités du terrain national ? L’âge avancé n’allait-il pas peser sur la conduite de ce lourd chantier ? Le militant qui prend parti n’allait-il pas éclipser le Guide bâtisseur de synthèses consensuelles. Nous répondons à ces questions à travers deux thèses qui structurent la présentation :
Les Assises nationales du Sénégal : un Projet et un Pro- duit d’intérêt national majeur Le Président des Assises nationales du Sénégal : Un Citoyen et un Dirigeant de référence.
Les Assises nationales du Sénégal : un projet et un pro-
duit d’intérêt national majeur« Quant un vaste chantier citoyen, méthodique et rigoureux débouche sur un pacte citoyen d’émancipation et de progrès »
Le projet :
Un vaste chantier citoyen voulu méthodique et rigoureux. Le test de la méthode sera effectué au triple plan de l’identité, des repères et de la méthode y compris les dis- positifs de sauvegarde. Les As- sises nationales sont un projet citoyen fédérateur destiné à régir et réguler le fonction- nement de la République, de consacrer celle-ci de manière plus authentique et de la protéger contre les dérives et les déroutements commis par tous acteurs et toutes Autorités et qui empêchent la réalisation des avancées économiques, sociales et politiques auxquelles aspire le Peuple souverain. Le référent de ce projet renvoie à une convergence axiologique bâtie sur un socle commun des valeurs et de principes partagés constituant l’épine dorsale du contrat social étalonné par les citoyens. Initiative des partis politiques ayant rencontré un écho spontané au sein du milieu associatif, les Assises ont regroupé sans exclusion des partis poli- tiques, des ONG et des ADH, des syndicats de travailleurs et d’entrepreneurs, des personnalités indépendantes, des bonnes volontés citoyennes… »
un quêteur de sens et éveilleur de conscience Par Babacar touré
« Je vous remercie de l’insigne honneur que vous me faites en me permettant d‘apporter mon modeste témoignage sur le professeur Mbow un homme d’idées, un homme d’action, un homme du monde, un homme de son temps. Un contemporain capital. Vous savez quand on matérialise des idées, celles- ci pénètrent le corps social. Et les idées ne meurent jamais. Les idées ont leur propre dynamisme. Elles ont leur propre logique, leur propre vitalité. Et tout à l’heure Albert Bourgi l’a dit en me taquinant, en disant qu’il a vu apparaître le jeune Babacar Touré. En effet nous sommes des produits du NOMIC, le Nouvel Ordre Mondial de L’Information et de la Communication en débat dans les années 80. Nous en sommes une illustration concrète. Et ce n’est pas pour rien que notre groupe de presse et nos titres en portent le label Sud. En fait c’est en droite ligne du dialogue Nord-Sud né de la confrontation des idées de l’époque. Et si nous avons pu réussir ce que nous avons réussi ou, en tout cas être là où nous sommes arrivés avec un certain nombre de choses réal- isé c’est parce que, quelque part, des hommes et des femmes se sont engagés dans
la bataille des idées qui gouvernent le monde et ont pu influ- encer de larges secteurs, de larges segments, sans peut-être même avoir pu évaluera leur juste mesure l’impact des idées qu’ils agitaient, surtout dans leur confrontation. Le débat sur le NOMIC a été obscurci par des questions telles que celles : 1) de la personnalité de Monsieur Mbow, 2) de la fonction de directeur général de l’UNESCO. Mais ce multilatéralisme, il faut en voir les limites parce que c’étaient des États qui composaient ces organisations. Est-ce que ces États étaient représentatifs des peuples ou pas ? Ça, c’est une autre question. Je dis encore merci à Monsieur Mbow, aux gens de sa génération, à ses collaborateurs et à tous ceux qui ont partagé son combat et ses idées, de nous avoir ouverts au monde, de nous avoir ou- vert le monde et de nous avoir ouvert les yeux. Ce combat est politique. Monsieur Mbow a été combattu… a eu une con- science politique. C’est ce qui l’a amené à s’engager en poli- tique. C’est un homme poli- tique, après tout. On retient souvent l engagement du di- recteur général de l’UNESCO, mais ce Monsieur, quand même, a été membre d’organi- sations politiques. Il a été à des combats politiques pour amener notre pays à l’indépen- dance, ensuite transformer notre pays qui était sous le joug du néocolonialisme. Et je crois que ce combat-là, pour l’éveil et la prise de conscience, la maîtrise de leur destin par les peuples africains et du tiers monde, l’a amené à engager un certain nombre de chantiers quand il était à l’UNESCO. N’oubliez pas qu’en Afrique, il a eu des détracteurs, y compris dans son propre pays. Oui, Monsieur Mbow a été lâché à un moment donné par les autorités de ce pays. Cela, on ne l’a pas souvent dit, hier comme aujourd’hui, parce que l’Histoire bégaie et, la deuxième fois, on dit que c’est une tragédie. Nous vivons une situ- ation tragique. Ce Monsieur, je me rappelle que, quand il est rentré au Sénégal, pour ne pas gêner les autorités de ce pays, il s’est installé au Maroc. Et, jeune journaliste à l’époque, je l’ai trouvé au Maroc. Il est venu personnellement me chercher à l’aéroport de Casablanca, m’a conduit à son domicile à Rabat, la nuit, sous une pluie battante. En arrivant, nous y avons trouvé Raymonde, son épouse.Non seulement on l’a lâché au dernier moment, mais ensuite on ne voulait plus en- tendre parler d’Amadou Mahtar Mbow. Pourquoi ? Parce que, pour sortir ce pays du marasme, il y avait eu un consensus sur sa personne. Et son nom avait été cité dans les chancelleries occidentales et aussi par des Sénégalais, des Africains. Et à un moment donné, les Français avaient caressé l’idée d’envoyer le président de l’époque aux
Nations-Unies, où il pouvait exercer ses talents de fonctionnaire à l’International, et le nom de Mbow avait été avancé pour le remplacer à la tête de l’Etat ; c’était dans les années 90. Je me le rappelle, parce que quand je suis revenu, à Sud-Hebdo nous avons fait un papier, d’une page ou deux, sur Amadou Mahtar Mbow. Évidemment, je me suis fait taper sur les doigts. On m’a convoqué très tôt à la Direction de la Sûreté : parce on m’accu- sait d’être devenu le directeur de campagne de Mbow. C’est dire que quand on parle du NOMIC, le but était quand même qu’il fallait dans nos États et dans nos pays, un nouvel ordre national. Mbow portait ce combat, lui et ses collaborateurs. Mais étant dans une institution multilatérale, les idées qui étaient émises là-bas, et qui, peut-être ont été défaites en termes de résolutions et de contrôle du pouvoir au sein de son institution, ont germé et ont permis à des gens comme nous de nous en saisir et d’arriver à une meilleure maîtrise du flux in- terne, tout au moins, et de dé- cloisonner le système médiatique qui était dominé par ce qu’on appelait à l’époque les médias d’État. Et les hommes politiques de l’époque d’ailleurs – je parle sous le contrôle de Amath Dansokho qui est un aîné et qui nous a soutenus et accompagnés – ne posaient pas le problème en terme de nouvel ordre national de l’information ni de pluralisme des médias. Ils posaient le problème de l’accès aux médias du service public, parce que pour eux, qui étaient un peu sous l’empire du système dominant, il fallait se battre pour avoir plus de visibilité à la télévision nationale, plus de voix à la radio et plus de présence dans le quotidien national. Et c’était cela aussi l’une des faiblesses du combat poli- tique qui n’était pas relayé au sein de nos pays, sauf peut-être par quelques jeunes. Je crois qu’il est important de le dire. Quand nous avons créé Sud- FM, la première radio privée du Sénégal, le 1er juillet 1994, la première voix dans cette radio était celle d’Amadou Mahtar Mbow pour rendre hommage à son combat qui avait permis un tel événement. Alors, ironie de l’histoire, après l’émission inaugurale avec Monsieur Mbow, nous avions passé Madame Wade dont le mari était en prison. Et pour nous, c’était une façon de dire : « oui, il faut que ces gens-là aussi puissent s’exprimer ». C’était la première ou l’unique fois où Madame l’épouse du chef de l’État actuel s’adressait en wolof aux Sénégalais, à la suite d’un parcours initiatique à la fois ardu et inédit. Sur les ondes de Sud FM, la troisième personne qui a parlé, c’était la maman de l’ancien ministre de l’Energie, Samuel Sarr, qui est gambienne ».

Le Professeur Amadou Makhtar Mbow est une figure emblématique de la République du Sénégal qui a joué un rôle important dans le secteur de l’éducation nationale et inter- nationale, qu’il a marqué de son empreinte. Ancien min- istre au niveau de plusieurs départements, M. Mbow qui a eu à occuper le poste de Directeur général de l’Unesco pendant treize ans, a également marqué l’histoire politique sénégalaise dans la période de braise avant et poste-in- dépendance et les événements de mai 1968.
communauté. Nous, nous dis- ons non. Nous sommes pour l’indépendance et nous quittons le Congrès pour créer, dans la nuit même, chez Gabin Guèye, à Rufisque, le Parti du regroupement africain Sénégal (PRA/Sénégal) en disant : « Nous restons fidèles au mot d’ordre de Cotonou ». Nous quittons le gouvernement. J’étais ministre de l’Education, de la Culture, de la Jeunesse et des Sports ; Latyr Camara était ministre de la Fonction publique ; Jaraf Diouf était ministre des Travaux publics ; Abdoulaye Ly avait été ministre du Commerce mais il avait auparavant démissionné. Nous avons, à notre tour, démissionné et formé le PRA/Sénégal et nous avons continué notre bataille pour l’indépendance du Sénégal. Evidemment, nous avons perdu le référendum, mais nous avons continué la lutte ».
La visite de de Gaulle à dakar
Concernant la visite de De Gaulle à Dakar, le Pr Amadou Makhtar Mbow a confié : « Le Général Charles De Gaulle est venu à Dakar en 1958. Je n’y étais pas. Lamine Guèye et le gouvernement dont je faisais partie, l’ont reçu par la voix de Valdiodio Ndiaye. Evidem- ment, les étudiants sénégalais en France et les étudiants séné- galais à Dakar, qui étaient pour l’indépendance, tiendront une manifestation avec les partis politiques, comme l’UDS d’ailleurs, mais également l’UPS. Le mot d’ordre de Coto- nou était l’indépendance. En ce moment, on n’avait pas encore fait la réunion de Rufisque où Senghor et Mamadou Dia vont nous entrainer dans la commu- nauté. Nous nous sommes réunis à Rufisque pour le conseil de l’Ups. Senghor et Dia disent qu’ils vont opter pour la com- munauté. Dia expliquera pourquoi. Je rappelle que quand Dia est venu à Cotonou, Senghor devait faire le rapport politique, mais il avait refusé de nous le donner. J’étais dans la délégation sénégalaise avec Abdoulaye Ly.

Pr Assane Seck devrait y être, mais à la dernière minute, il y a eu quelqu’un de sa famille qui était malade. La majorité était pour l’indépendance immédiate. On s’est réuni et on a dit à Mamadou Dia : « Senghor refuse de nous donner le rapport politique qu’il a fait mais nous sommes pour l’indépendance immédiate ». Mamadou Dia répond : « je suis la majorité ». Il a défendu qu’il était pour l’indépendance immédiate à Cotonou. Après, parait-il que Senghor lui a dit : « Mamadou, j’ai promis à De Gaulle et à Pompidou de voter pour la communauté ». Dia dit à Senghor que ce n’est pas possible. Senghor lui dit : « rentrons dans la communauté et au bout de quelque temps, on demande à sortir ». Quand on a fait Cotonou, ils ont obtenu de De Gaulle qu’on mette dans la nouvelle Constitution qu’on peut sortir de la communauté. Sen- ghora dit à Dia que nous ne sommes pas prêts pour l’indépendance. On demandera l’indépendance quand on sera prêt. Dia lui a répondu: « dans combien de temps ? » Senghor aurait dit:«dans 25 ans!».Je n’étais pas là, je ne peux pas te dire comment ça s’est passé. Mais, quoi qu’il en soit, quand ils sont venus, ils ont fait la fédération avec le Mali. De Gaulle a dit : « on construit maintenant des gouvernements autonomes, la France s’occupe de la défense et des affaires étrangères, tout le reste dépend de la communauté. Il devait y avoir un gouvernement de la communauté en France qui n’a pas été créé. Bref, le Mali est constitué et c’est la fédération du Mali qui va demander l’indépendance. Et…

Source DIRECT INFO

QUOTIDIEN D’INFORMATIONS GÉNÉRALES

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