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Politique et sorcellerie sont-elles banales pour les politiques ?


L’art de pratiquer la politique est assez spécifique dans le continent noir africain. A l’approche d’une élection, il semble confirmer que les hommes politiques font pire que les lutteurs de l’arène sénégalaise. Ils font des pieds et des mains, en parcourant des distances énormes, à la recherche de protection mystique ou des pouvoirs de domination sur l’adversaire. Ces derniers, relèvent certains sénégalais, interpellés, deviennent du coup, avec la pratique de sorcellerie ou de maraboutage des adeptes de Satan.

Ainsi, ils sont disposés à tout faire pour dominer ou neutraliser l’adversaire afin d’acquérir le pouvoir de contrôle des affaires de la cité. Le prix à donner ou le sacrifice à faire importe peu. « Il n’y a pas longtemps un homme politique sénégalais et pas des moindres, affirmait sans ambages que ses marabouts sont plus puissants que ceux de ses homologues africains. Un autre parmi ses farouches opposants a opéré il y a quelques années un voyage « initiatique » en traversant la boucle magique de l’Afrique de l’ouest», se rappellent des sénégalais, bien informés de ces pratiques mystiques d’hommes politiques.

Evoquant un passé récent, Mor Faye, mécanicien, accroché dans son lieu de travail se rappelle d’un homme politique, revenant de la zone du Saloum avec dans ses bagages, un « hibou » ou « looy » en wolof. Et, il précise qu’il s’agit d’un oiseau de nuit, très rare à voir de nos jours. Cet oiseau, prévient-il, ne serait-ce que son regard hypnotisant fait peur. « Les hommes politiques sont véritablement prêts à sacrifier même, des êtres humains pour le pouvoir. Et, le rapt d’enfants qui fait l’actualité, leur est attribué. Certains d’entre eux, ont des canaris quelque part dans leurs maisons pour faire uniquement des bains mystiques », révèle le mécanicien, tout en s’évertuant à serrer les pattes à moteurs d’un véhicule de marque américaine.

La sorcellerie, une incontestable réalité sous les tropiques

Le phénomène de la sorcellerie, reste incontestablement, une réalité sous les tropiques. Puisqu’il y a de cela quelques années, à la suite de travaux de réfection, trois corps ont été découverts, ensevelis et couverts de linceul noir en direction du coucher du soleil dans la Mairie d’une ville près de Dakar. « C’était un meurtre sacrificiel et rituel lié à la politique compte tenu du modus operandis, utilisé, dont le symbolisme renvoie à des références blasphématoires. ». Cette affaire est restée sans suite judiciaire.

Et, une autre affaire, a retenu l’attention d’un étudiant d’un institut de formation de la capitale sénégalaise. Ledit étudiant, gardant l’anonymat se rappelle d’un parent qui, à l’époque était président de Conseil rural, mystiquement abattu par ses adversaires politiques. « L’homme, dont je vous parle a reçu sous forme de don, un gros mouton. N’y voyant pas d’inconvénient, il a demandé à ses enfants d’égorger le bélier. Une fois, le bélier égorgé, il est tombé aussitôt, gravement malade. Partout où ses parents l’amène, on leur dit qu’il s’est égorgé. Parce que, ledit mouton tué, était un piège pour l’atteindre. Et, il a mordu l’hameçon. Ce vieux est mort banalement de la sorte.». L’étudiant, évoquant cette mort orchestrée et prémédité mystiquement, reste d’avis que les politiques en quête de pouvoir sont astucieux et très stratégiques.

Sous ce registre, il a été constaté que le Sénégal politique vit toujours à l’ère de la pensée magique, des superstitions, des croyances aux bons ou mauvais augures. Les hommes de pouvoir surtout, les politiques ont du mal à quitter le monde du bois sacré. Le pouvoir, révèle-t-on, c’est du « nguur ». Il s’agit sur ce point d’une certaine jouissance, autorisant la convocation et même l’invocation d’entités autres qu’humaines en dehors du monde de la raison, du visible et de la transparence.

« Ces différentes pratiques sont loin d’être marginales. Elles sont certainement, d’un intérêt sociologique et politique. Elle renseigne sur l’état de notre société et sur l’usage déficitaire de la raison dans le monde politique africain. Nos hommes politiques n’ont pas confiance à la raison, à la force de persuasion et la pertinence d’un programme », tranche, un jeune artiste plasticien, retrouvé sur l’avenue Bourguiba. Curieusement, il considère que ces pratiques sont les caractéristiques des sociétés sans écriture.

D’après lui, l’écriture est porteuse de raison. Et, l’Afrique n’a pas le monopole de la pensée magique. Seulement, prévient-il, la seule différence réside dans le fait que d’autres peuples ont dépassé cette étape même s’il reste des survivances. Le niveau de sorcellerie et la profondeur de la pensée magique dans la société sénégalaise installent une certaine confusion.

O WADE Leral



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