[Reportage] RDC: retour à Yumbi, ville-martyre, un mois après les massacres


Le Bureau des Nations unies pour les droits de l’homme estime qu’au moins 890 personnes auraient été tuées entre le 16 et le 18 décembre dans quatre villages du territoire de Yumbi, à plus de 300 km au nord de Kinshasa. Selon les premiers rapports, ce qui est présenté comme un affrontement entre les communautés Banunu et Batende serait une attaque planifiée par ses auteurs. Un mois après, RFI s’est rendu sur place.

Des maisons détruites, des épaves de motos calcinées à même le sol, des tombes communes à côté des habitations… Cela fait neuf ans que Papy vit à Yumbi. Ce commerçant se souvient de ce qui s’est passé le dimanche 16 décembre. « A 14h30, nous avons entendu les balles siffler, les armes de chasse qui sifflaient, raconte-t-il. Tout le monde a commencé à s’enfuir vers le fleuve. J’ai regardé de loin et j’ai vu comment ils tuaient les gens. Cela m’a fait vraiment mal. »

► RDC : au moins 890 morts à Yumbi, selon l’ONU

Cela fait une semaine qu’il est de retour à Yumbi. Il n’en revient toujours pas. Sa maison a été pillée et autour de lui, c’est l’horreur. « Ici, on a enterré neuf corps sans vie parce que c’est une parcelle de l’église. Ici, il y avait une maison, ils habitaient ici », montre-t-il.

« Une cinquantaine de tombes communes et individuelles »

A Yumbi et dans les villages avoisinants, plusieurs centaines de personnes ont été tuées par armes blanches et armes à feu et les enquêtes se poursuivent.

Abdoul Aziz Thioye, directeur du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH). « Il y a à peu près une cinquantaine de fosses ou de tombes communes et de tombes individuelles que nous avons identifiées, ce qui laisse penser que le nombre est assez élevé. Suivant sa taille, une tombe commune pourrait contenir cinq, dix, cent corps ou plus », commente-t-il.

Les autorités congolaises évoquent de plus en plus la thèse d’une attaque préparée et planifiée. Les forces armées de la RDC ont été déployées dans cette zone enclavée. Elles sont appuyées par une cinquantaine de casques bleus, soit le volume d’une section d’infanterie.

Ville-fantôme

Mais un mois après les massacres, Yumbi, jadis une agglomération d’environ 20 000 âmes, demeure vidée de sa population. Donald a perdu son petit frère le jour de l’attaque. Il est retour à Yumbi et constate que la population est encore hésitante. « Certains sont partis des campements, d’autres dans les forêts. Ils reviennent au compte-gouttes », explique-t-il.

A Yumbi, c’est un calme apparent qui règne. Mais la psychose est encore là. « Il est clair que vous pouvez percevoir que les gens ne sont pas tellement en confiance. Il y a beaucoup de rumeurs, pratiquement tous les jours, et des déplacements préventifs », rapporte Abdoul Aziz Thioye, le directeur du BCNUDH.

Le nombre exact de personnes qui ont quitté la cité n’est pas encore connu. « Pour ceux qui sont dans les îlots, c’est un peu difficile, détaille le colonel Olivier Gasita, commandant des opérations de l’armée dans la région et administrateur du territoire intérimaire. Soit ils reviennent dans les habitations, soit ils retournent dans les eaux, mais de l’autre côté au Congo-Brazzaville. »

L’armée et la police effectuent des patrouilles chaque nuit et encouragent la population à revenir, mais la situation est loin d’être revenue à la normale. La crainte d’une nouvelle attaque hante encore les esprits.

Yumbi se situe dans la région de Mai-Ndombe, en RDC.
© RFI



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